Dominique Pattuelli

Déjà jouée depuis mars 2010, d’abord à Namur puis à Spa, Happy Family sera jouée pour la première fois à Bruxelles au Varia, à partir du 8 novembre. Mais Happy Family, c’est quoi ? C’est une pièce italienne qui raconte l’histoire de deux familles qui se rencontrent.

Pourquoi ? Parce que leurs enfants, Filippo et Anna, quinze ans, veulent se marier… Happy Family, c’est qui ? C’est Dominique Pattuelli, actrice diplômée de l’INSAS depuis 2001, bilingue et qui joue aussi bien en Italie qu’en Belgique. Avec Happy Family, elle a laissé de côté son rôle d’actrice pour s’occuper à la fois de la traduction et de l’adaptation du texte mais aussi de la mise en scène du spectacle, et offrir au public francophone cette pièce troublante d’Alessandro Genovesi…

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Vous êtes comédienne depuis de longues années mais vous avez récemment mis en scène une pièce que vous avez vous-même traduite, qu’est-ce qui vous a poussé à passer de l’autre côté de la barrière ?

À chaque fois que je fais de la mise en scène, parce que ce n’est pas la première fois, c’est toujours un texte d’abord qui me plait et puis que j’ai envie de faire découvrir. Et là, il se trouve que c’est un ami qui a écrit Happy Family, qui m’a donné le texte. Je l’ai lu et je l’ai adoré et, avant de le mettre en scène, je l’ai traduit. En fait, c’est lui qui m’a dit de le mettre en scène. Il l’avait mis en scène en Italie tout en jouant son propre rôle, j’étais d’ailleurs allée le voir, et comme il m’a dit « Vas-y, fais-le », j’ai accepté même si ça m’impressionnait beaucoup car il y a beaucoup d’acteurs. Petit à petit, j’ai trouvé les acteurs - j’ai généralement proposé les rôles à des gens que je connaissais -, j’ai fait un dossier pour avoir des subsides et puis je me suis lancée ! Au départ, je voulais jouer dedans puis je me suis rendue compte que ce n’était pas possible…

Ce n’était donc pas votre première expérience en la matière ?

Non, j’avais mis en scène en sortant de l’école deux de mes camarades, Hervé Piron et Elisabeth Mouzon, qui faisaient une formule un peu cabaret des textes d’un ami, Benoit, et ils m’ont demandé de faire l’œil extérieur et petit à petit la mise en scène. Ça s’appelait Gestion stratégique du ridicule, ça avait bien marché à l’époque. Puis après, il y avait dans Moulins à paroles d’Allan Bennett [1], un texte qui me plaisait, et j’ai demandé à mon compagnon de l’époque, Sébastien Hébrant, de me mettre en scène. Du coup, j’avais envie de le mettre en scène dans un texte masculin et on a finalement joué ces deux textes à Namur.

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Comment décririez-vous ce projet ?

La pièce est une comédie italienne contemporaine qui parle vraiment de la vie. Tout le monde s’y reconnaît et c’est vraiment touchant, malgré l’aspect un peu « déglingué » par moment, il y a vraiment un regard très humain sur les choses. Moi ça me plait parce que ça ne vient pas « réinventer » le théâtre mais ça parle aux gens. C’est ça que j’ai essayé de transmettre. Ce n’est pas prétentieux, c’est vraiment très humain et c’est un peu comme ça que s’est aussi passé le projet. J’ai été chercher les acteurs parmi des gens que je connaissais… Par exemple, Sébastien et Audrey, on a fait le Jeune Théâtre National [2] ensemble ; Gudule, on a fait de l’impro ensemble, Thomas, Marie et Marie-Sylvie aussi. Il y a une personne que j’ai prise sur audition, Hervé. Enfin, c’était à chaque fois des gens avec qui j’ai travaillé et avec qui je m’entendais bien. Au début, on ne savait pas qu’on allait être subventionné donc tout le monde est parti à l’aventure, pendant le projet j’ai su que j’allais avoir de l’argent mais le projet a été d’emblée basé sur le respect et la confiance.

Est-ce difficile de diriger des acteurs alors qu’on est soi-même acteur ?

Moi je trouve ça plus facile parce qu’avec les acteurs, ce qui est difficile c’est de leur trouver les choses qui vont les aider. Je pense déjà qu’un acteur doit être aimé. Moi je ne fonctionne pas sur la frustration en tant que comédienne donc je suis partie de ce principe-là avec mes acteurs. On a fait aussi beaucoup de travail : une lecture en juin, un moment avec chacun en novembre (et aussi avec le musicien, Lucka, qui joue un rôle dans la pièce). J’ai essayé de prendre vraiment le temps avec chacun, voir ce qu’ils avaient à proposer, comment ils voyaient le personnage, ce que moi je voulais… et puis on s’est mis à répéter. Donc, oui, je trouve ça plus facile en fait d’être comédien pour ce genre de pièce-là qui repose vraiment sur le jeu d’acteur. Ils ont besoin d’être mis en confiance.

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Quels sont les défis à relever ?

Comme je voulais un peu de vidéo, ce n’était pas très compliqué mais je ne suis pas très technique, la vidéo, la lumière… Parce qu’a priori, je ne m’y connais pas du tout… Je dirais vraiment tout ce qui est technique, c’est ça qui m’angoissait le plus. Tant au niveau du jeu, des comédiens et du texte, j’étais assez sûre de moi, ça c’était compliqué… Mais je voulais vraiment qu’il y ait des images !

Ce n’est pas la première fois que vous jouez Happy Family, vous avez dû changer certaines choses ?

Oui. Là on va recommencer les répétitions pour nous adapter à la salle du Grand Varia car elle est beaucoup plus grande que notre salle initiale et c’est important pour les repères et le rythme des comédiens et puis j’ai dû changer un comédien car il n’était pas libre à ces dates-là, il avait déjà une tournée de prévue donc François Saussus a pris la place de Thomas Desmarez et il faut l’intégrer à l’équipe mais il n’y aura pas de souci, c’est une super équipe !

Vous disiez que vous avez reçu des subsides ?

Oui, j’ai reçu l’aide à la création mais c’est un premier projet. C’est bien, j’ai eu 22. 500 euros mais pour payer tout le monde c’est pas énorme et puis j’ai eu l’aide à la reprise pour Spa et le Varia.

Pensez-vous continuer dans la mise en scène ou préférez-vous le rôle de comédienne ?

J’aimerais faire les deux. Par exemple, Alessandro m’a donné une autre pièce. Je joue aussi en Italie et quand j’y suis allée en mai, lui était en train de faire le montage de son film (il s’est plus tourné vers la réalisation) et il m’a donné un autre texte qu’il a fait au cinéma et moi j’aimerais bien le traduire et le monter l’année prochaine au théâtre… Mais, encore une fois, c’est parce que c’est lui et que j’adore ce qu’il écrit. Si je devais écrire, c’est ça que je voudrais écrire…

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Vous avez aussi fait de l’improvisation, il me semble. Avez-vous une préférence pour l’un ou l’autre jeu ?

Les bases sont les mêmes, après l’impro tire plus souvent sur le comique et est souvent dépréciée par les acteurs mais il y a plein de formes d’impro, longue ou courte, on s’en sert beaucoup pour les créations… Je ne ferais pas que de l’impro. J’aime bien enchainer les pièces de théâtre et l’impro c’est un peu comme la récré, même s’il y a une grande technique à avoir, c’est bien parce que ce sont des spectacles où on doit rien préparer, rien apprendre, on arrive et voilà ! Je ne peux pas dire que je préfère l’un ou l’autre mais si je devais choisir, je ne ferais que du théâtre mais comme je ne dois pas choisir… !

Est-ce que l’improvisation resserre un peu les liens entre les acteurs ?

Oui ! Je vous l’ai dit, c’est presque que par ce biais-là que j’ai connu mes comédiens. Je me rappelle quand j’ai fait Bingo, j’ai rencontré Frédéric Nyssen et il m’a conseillé d’auditionner pour l’Avare de Gildas Bourdet. Ca permet de rencontrer des comédiens d’autres écoles aussi. Souvent à l’INSAS on reste avec ceux de l’INSAS, c’est dommage ! Du coup, dans Happy Family, il y a plein de comédiens qui viennent d’écoles différentes : l’IAD, le Conservatoire de Liège…

Quels sont vos envies ou vos projets pour le futur ?

J’aimerais bien traduire la pièce qu’Alessandro va réaliser au cinéma, j’aimerais bien m’y mettre directement après Happy Family, négocier les subsides aussi parce que ça va prendre du temps puis je reprends deux mois dans Les trois sœurs [3] au Varia et en tournée et puis après je fais aussi un monologue sur Antigone et puis voilà… Je n’ai pas encore de projets pour la saison prochaine !

Interview réalisée le 29 octobre 2011 par Carole Glaude.

Retrouvez toutes les chroniques de Carole Glaude sur Culture et Compagnie.

[1] Alan Bennett est britannique. Romancier, dramaturge, acteur, scénariste et réalisateur, il est l’auteur de Moulins à Paroles qui sont des monologues théâtraux.

[2] Le Jeune Théâtre National aide des artistes à entrer dans la vie professionnelle en organisant des rencontres entre ces artistes et des professionnels. À l’issue de ces rencontres, le JTN peut apporter un soutien financier.

[3] D’Anton Tchekhov, mise en scène par Michel Dezoteux, jouée du 10 février au 3 mars 2012 à 20h30 sauf les mercredis à 19h30 au Grand Varia.

Happy Family. Du 8 au 19 novembre 2011 au Grand Varia du mardi au samedi à 20h30, excepté les mercredis à 19h30

 

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