Denyse Schwab, Laetitia Ajanohun et Edwige Baily

Vous êtes donc deux comédiennes parmi les 6

Non cinq

Pourtant le programme annonce 6 comédiens ?

Oui il y a cinq comédiens et… disons une surprise !

Pouvez-vous me raconter comment vous vous retrouvez toutes les 2 à travailler avec Laetitia ?

Denyse : Je travaille beaucoup avec des jeunes fraîchement issus de l’IAD et d’autres écoles, parce que j’adore travailler avec les jeunes. Je trouve qu’ils ont un apport supplémentaire et c’est très gai. Il y a 3 ans, j’ai joué dans un film tout à fait fou et hors du commun, avec une comédienne qui s’appelle Isabelle Colassin et on s’y est beaucoup amusé, même si cela ne transparaît pas dans le film. D’ailleurs elle est toujours en train de le peaufiner. Isabelle est une grande amie de Laetitia et à la lecture de son texte elle lui a dit : ˝Tiens, je connais quelqu’un qui pourrait convenir„. Laetitia est venue chez moi, on a fait une première lecture et on a tout de suite accroché. Il faut dire qu’on a d’abord fait un travail de lecture, puisqu’on a donné le spectacle la saison passée – en lecture – au Jacques Franck. Donc j’ai eu l’occasion de travailler avec Laetitia pendant 3 semaines et je trouvais cela génial parce qu’elle avait plein de choses à dire, et moi, plus on a de choses à me dire, plus j’ai de choses à faire, plus je suis heureuse. Et si ça ne m’avais pas plu, j’avais tout le loisir de dire Non pour le spectacle, puisque j’avais simplement préparé la lecture. La seule chose à l’époque, c’est que je trouvais que les choses n’étaient peut-être pas très claires dans le texte. Et Laetitia l’a changé et je trouve que maintenant les choses sont mises en place. Voilà, j’ai un personnage très très gai à faire, même si certains jours Laetitia trouve qu’on ne s’amuse pas, je m’amuse vraiment beaucoup à faire ce rôle et en plus, je ne suis entourée que de jeunes. Je trouve que non seulement les jeunes apportent un sang nouveau au théâtre et au cinéma, mais aussi dans l’approche humaine. Bon, j’apprends des choses. Avant je pensais qu’on apprenait uniquement par ses parents ou ses professeurs et finalement c’est de la vaste blague… Les choses évoluent. J’ai fait l’INSAS où j’avais l’impression d’être d’avant garde dans cette école, mais tout évolue. Ne serait-ce que, par exemple l’échauffement avant le spectacle : on ne le fait plus du tout de la même manière que nous le faisions. On s’est aperçu que certaines choses étaient mauvaises physiquement ou peut-être mauvaises pour la voix, et je trouve donc que c’est génial de travailler avec des jeunes.

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Denyse Schwab, Laetitia Ajanohun et Edwige Baily

Alors c’est quoi la différence dans l’échauffement ?

Entre autres, nous faisions des mouvements assez brusques pour nous échauffer, aujourd’hui on fait plutôt des mouvements dans la douceur. J’en ai montré un à Anthony qui joue avec nous et il m’a dit « tu es sûre que c’est pas un peu brusque ? » et finalement, oui, il a raison et c’est chouette de voir ces évolutions.

Et toi Edwige, qu’est-ce que tu penses de travailler avec une comédienne plus âgée ?

Edwige : Je trouve très agréable de travailler avec des gens de différents âges de différentes générations, et surtout avec Denyse en particulier parce que elle est très disponible dans un projet quand même vertigineux, parce que c’est une création et qu’il n’y a pas de référent. On n’a que l’imagination du metteur en scène et la nôtre pour mener à bien ce projet. En général, les comédiens plus âgés ont leur école qui est plus classique, plus ancienne et donc ils connaissent leurs marques, ils ont leurs repères et ont plus de mal à s’adapter à des projets plus hybrides comme celui-ci. Or, justement Denyse se lance dedans comme un enfant, même encore plus que nous. C’est encourageant de voir des gens qui foncent. Moi j’essaye de faire cela aussi, enfin …

Et la metteuse en scène, qu’est-ce qu’elle pense de cette aventure ?

Denyse Schwab, Laetitia Ajanohun et Edwige Baily Laetitia : En fait j’avais écrit ce projet pour des comédiens bien précis. Et voilà, il y a certains comédiens qui ont changé en cours de route et puis j’ai réécris aussi en pensant à d’autres comédiens. Par exemple au départ ce n’était pas Edwige et Edwige a rempli ses mots par ce qu’elle est.

L’inspiration m’est venue de personnes que j’ai rencontrées et à partir de cela j’ai commencé à créer un univers parce que ces personnes avaient toutes quelque chose de commun, c’est à dire qu’elles n’étaient pas dans la marge. Elles étaient en dehors.

Donc, si je comprends bien, tu as adapté des personnages selon la personnalité de tes comédiens ?

Tout à fait

Et quelle est ta formation ?

Moi j’ai fait l’IAD en tant que comédienne

Denyse (interrompt) : comédienne et metteur en scène quand même.

Laetitia : Non c’est mis sur le papier, mais, à l’IAD, il n’y a pas de formation de metteur en scène à proprement parler. Ce n’est pas du tout suffisant.

Alors qui va me parler de cette pièce HIPPOCAMPES ?

Denyse : C’est une pièce sur l’enfermement, sur le replis de soi, sur des gens qui de temps en temps sont un peu fous, mais dans tout personnage un peu dérangé, il y a une part qui, par moment, ne l’est pas du tout. Ce sont des gens qui se retrouvent dans l’attente de quelque chose qui va arriver, quelque chose ou quelqu’un qui va apporter un éclaircissement à leur noirceur et ils imaginent qu’ils font une fête ensemble et ils attendent quelqu’un qui participera à la fête. Quelqu’un qui vient de l’extérieur et qui n’est pas - comme eux - enfermé et qui leur apportera quelque chose. Personne ne vient, mais finalement quelqu’un débarque. Et je me suis posé la question hier : est-ce qu’elle débarque parce qu’elle est aussi un peu tarée et dérangée, ou est-ce par hasard parce qu’elle est tombée en panne ???

Il ne faut pas nécessairement une réponse …

Laetitia : En tout cas l’auteur avait plein de réponses. (rires) En tant qu’auteur j’avais une histoire claire, mais en tant que metteur en scène en me frottant aussi aux comédiens, il y a des choses que je laisse en suspens parce que j’ai envie de laisser cela comme ça. C’est sûr que c’est fragmentaire. C’est le public qui va trouver sa propre histoire et je pense qu’on doit prendre cela comme des instants, pas comme quelque chose qui se déroule de façon précise puisque je parle de la folie …et que le récit fou, le récit fragmentaire et précis partent d’un endroit à l’autre parce que c’est comme cela que ça se passe à l’intérieur des personnages. Ça se passe à l’intérieur de leur tête et comme ils n’y ont pas quelque chose de structuré, l’histoire n’est pas structurée non plus. C’est l’option que je prends en tant que metteur en scène, même si, en tant qu’auteur, j’avais l’envie d’écrire une histoire.

Est-ce qu’il s’agit de gens légèrement louftingues ou bien sont-ils des névropathes, à la limite dangereux ?

Denyse : Dangereux, je ne crois pas. Ils sont, je pense, enfermés pour qu’on les protège d’eux-mêmes en quelque sorte.

Edwige : Ce sont des gens qu’on a dû encadrer à un moment donné parce qu’il y avait des débordements. Ce sont des gens qui ne sont sans doute plus considérés comme « normaux » au sein d’une société, mais qui ont leurs blessures, leur normalité, leur raisonnement cohérent. Et dans ce spectacle, chacun de nous vient raconter ce qu’il est et pourquoi il est là. On ne joue pas la folie. Disons que c’est un spectacle avec énormément de fantaisie qui, en principe, devrait plutôt faire rire que pleurer, mais au delà de la fantaisie il y a l’humain et on essaye de passer de l’un à l’autre. On essaye de les défendre et de déraisonner un peu tout cela.

Denyse : Il y a quelque chose que je voulais ajouter du point de vue mise en scène : C’est la première fois que je travaille avec quelqu’un qui a écrit sa pièce et la met en scène, et ce que je trouvais chouette, c’est que le metteur en scène oubliait tout à fait l’auteur et que c’était deux cloisonnements tout à fait distincts. Entre autres, il y a des didascalies que l’auteur a écrites et que le metteur en scène n’a pas respecté du tout ! Et je trouvais ça tout à fait fantastique.

Laetitia : Je voudrais rajouter que pour moi, ces personnages sont des artistes avant tout. Ce sont des gens qui ont la liberté de créer un monde, de créer leur monde. Je pense avoir choisi ces comédiens-là aussi pour ça. Il y a d’abord Edwige et Denyse, mais aussi Archibald Peeters, Estelle Franco, Martine Lemal et Anthony Sourdeau Je les ai justement choisi parce que au départ ils ont déjà un monde bien présent et qu’à partir de mon texte ils ont pu créer leur propre monde. Tout le monde n’aurait pas pu jouer dans Hippocampes parce que c’est un investissement spécial, un investissement artistique. Ils doivent aussi être des auteurs et c’est vers ça que je dois aller pour que le spectacle existe. Être l’auteur de son propre monde.

Denyse : C’est un peu vrai pour tous les spectacles. Quand tu as un texte, tu dois le réinventer et te l’approprier ou alors ça n’a pas de sens…

Pourquoi ce titre « Hippocampes » ? Denyse Schwab, Laetitia Ajanohun et Edwige Baily Laetitia : C’est venu de manière incohérente parce que c’est la première chose qui m’est venue ! (beaucoup de rires) Bon, j’avais des idées, mais le titre s’est imposé en premier lieu. Alors pourquoi ? Parce qu’en fait Hippocampe est pour moi un personnage mythologique, un animal étrange, un animal hybride, à la fois poisson et cheval, il nage à la verticale ce qui n’est pas banal, c’est le mâle qui porte les œufs, il est aussi comme le caméléon qui change de couleur selon l’endroit où il se trouve… Donc il a plein de choses qui ne sont pas dans la normalité, c’est vraiment un animal particulier qui ne fonctionne pas comme les autres.

Denyse : Ce que je voudrais encore souligner, c’est que je trouve que les jeunes sont beaucoup plus mûrs que nous ne l’étions. J’ai l’impression que Laetitia a 25 ans de métier ! Et c’est vrai pour toi aussi Edwige… Moi à votre âge j’étais une gosse avec un physique d’adulte, mais je ne connaissais rien de la vie et je découvrais tout.

Bon, eh bien Mesdames, merci pour cette interview.

Je vous souhaite beaucoup de succès dans HIPPOCAMPES et aussi pour le reste de votre saison 2006-2007 tant au théâtre [1] qu’au cinéma [2].

Nadine Pochez – (3 novembre 2006)

Voir le CV de Denyse Schwab, Laetitia Ajanohun et Edwige Baily

[1] Edwige Baily en Avril dans Motortown de Simon Stephens, m.e.s. Derek Goldby au Poche et en Mai dans Bash de Neil Labute, m.e.s. René Georges au Z.U.T.)

[2] Denyse Schwab Mi-mai-mi-juin Les mouches de J.P. Sartre (revu et corrigé) m.e.s. Bambina Liberatore et dans Dormir au Chaud ce 9 novembre dans le cadre du Festival du Film Indépendant au Jacques Franck

 

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