Denis Capentier

En parcourant ton site, on comprend que dès l’âge de 12 ans tu te produisais en public. Alors je me demande si, lorsque tu as entrepris des études « sérieuses » de théâtre, tu as dû beaucoup désapprendre ?

Effectivement, j’ai fait partie des Ados de l’Impro [1] depuis mes 12 ans et je n’ai commencé le théâtre qu’à 18 ans. J’ai donc eu le temps d’apprendre plein de « mauvaises choses » qui ne se font pas au théâtre. L’impro est quelque chose de très expressionniste. Au théâtre, on se retrouve avec des choses plus naturelles, plus écrites et c’est plus sur l’intimité des choses que j’ai dû travailler. denis carpentier

Ton expérience professionnelle depuis 2001 est assez exceptionnelle non ?

Je n’ai pas trop chômé !

Talent mis à part - car il y a aussi des comédiens talentueux qui ne trouvent pas, ou pas assez de travail …

Trop, oui

… pourrais-tu nous dire quels sont les facteurs que tu considères comme étant à la base de ce succès ???

Tout simplement, je crois que le travail amène le travail. Pour ma part, j’ai eu la chance de travailler assez vite : j’étais encore au Conservatoire quand j’ai eu mon premier contrat. Et de fil en aiguille, on se fait remarquer… Sans ce premier contrat-là, je n’aurais jamais eu mon second.

Pour bien des comédiens, le premier contrat n’est pas suivi immédiatement par un second. Est-ce que, par exemple, ton physique ou ta dégaine y seraient pour quelque chose ?

J’ai cette chance de ne pas être catalogué et de jouer plein de registres différents.

J’ai l’impression que tu es souvent pris pour des rôles plutôt burlesques ou comiques, et pas particulièrement tragiques…

Je me retrouve en effet plus du côté de la fantaisie que dans des rôles de jeunes premiers qui, parfois, sont en effet plus tragiques, plus stricts et moins délirants ! Ce ne sont pas les rôles les plus gais à jouer.

C’est quoi les rôles les plus gais à jouer ?

Là où j’ai le plus pris mon pied c’est dans « Prophètes sans Dieu » J’y joue Moïse. C’est un super rôle avec un super texte. C’est un théâtre-débat, juste un théâtre de texte avec une scénographie épurée… C’est génial.

Et aujourd’hui tu es le chirurgien Simon dans le Laboratoire des Hallucinations. C’est un rôle assez jouissif !

Oui, c’est du petit-lait. Faire le méchant c’est déjà très gai et puis, comme dans ce cas il y a une vraie humanité derrière, c’est encore plus gai. Simon n’est pas tombé du côté obscur comme Darth Vader. Simon a malgré tout un côté très humain…

Oui, il est follement amoureux !

Un peu trop peut-être !

J’ai beaucoup aimé ce spectacle à la fois rock et grand-guignolesque. D’où est partie l’idée de monter cette pièce ?

C’est Emmanuel Dekoninck qui, il y a un an et demi de cela, s’est dit qu’il aimerait monter un spectacle comme il aimerait aller en voir au théâtre. Et en cherchant il a trouvé un texte du GRAND GUIGNOL dont une adaptation plus contemporaine avait déjà été faite par un certain Nils F. Olsen. Alors il a pris contact avec ce Norvégien via internet. Parallèlement Manu a fait un énorme travail de recherche très approfondi pour actualiser le texte au maximum. Il faut savoir que tout ce qui est dit dans la pièce est rigoureusement et scientifiquement exact. Tu vois, la scène où le chirurgien fait son expérience sur les photos, sur le trajet de l’émotion ? Par rapport au texte d’origine qui est très vague, on a bien appris tout ce qui concerne le siège des émotions. Il a réactualisé le texte en d’accord avec Olsen, avec qui il est resté en contact par mail, sans qu’ils ne se soient rencontrés.

Et puis, Manu a réuni une équipe derrière lui. On est 18 en tout. Même si on n’est que 8 sur scène, il y a 10 personnes qui ont travaillé sur le spectacle. Et Manu s’est entouré des meilleurs : comme Laurent Kaye pour les lumières, qui n’est pas n’importe quel Monsieur, comme Isabelle Beirens pour la chorégraphie, qui n’est pas n’importe quelle Madame dans le monde de la danse en Belgique et Dominique Bréda, compositeur des musiques, guitariste et photographe, pour ne citer que ces trois-là. Enfin, il a été bien secondé par Itsik Elbaz.

Un spectacle total comme celui-là, vous devriez pouvoir le vendre, peut-être même à des Français qui ont probablement encore la nostalgie du Grand Guignol ? Enfin je vous le souhaite de tout cœur ! Une fois le projet monté, vous l’avez présenté à l’Atelier 210 ?

Oui on l’a présenté sur papier au 210 et il fut tout de suite accepté parce que cela tenait la route au niveau de la qualité. C’était un beau petit dossier, la qualité y était, et cela donnait envie. En plus, cela rentre très bien dans le cadre du 210. C’est le même genre d’énergie : une vingtaine de personnes qui foncent dans l’aventure pour le plaisir. denis carpentier

Il y a beaucoup d’autres nouveaux théâtres, l’Arrière-Scène, L’L, le ZUT qui font des spectacles « pour le plaisir » sans savoir s’ils pourront continuer et - par contre - quelques plus ou moins vieux machins qui défrayent la chronique pour le moment, parce qu’ils sont en train de crouler sur leurs pieds d’argile malgré des subventions octroyées.

Oui c’est plein de petits théâtres qui s’ouvrent dans tous les sens et c’est gai car cela ouvre de nouveaux horizons... Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression qu’une fois qu’on a de l’argent, on a peut-être moins l’enthousiasme du projet. C’est-à-dire une fois que, de toute façon, on sait qu’il n’y aura pas d’argent, on est là parce qu’on a envie d’être là.

Dans le cas du Laboratoire des Hallucinations, le décor, on y a tous participé. On n’avait que 3 jours pour le monter et c’était un gros travail. On a tous mis la main à la pâte, pour clouer les tapis, monter les pendrions. À côté de cela, moi je n’avais que mon texte à répéter, mais déjà le matin, ils répétaient les scènes de chorégraphie…

Superbe ! Du tout grand art

Oui c’est vraiment rare au théâtre d’avoir une scène de cul qui ne soit ni mièvre ni vulgaire !

Manu montre peu et suggère beaucoup. Il est très fort. Et puis le soir, je pouvais rentrer continuer à répéter mon texte à la maison, tandis que les musiciens commençaient leur répet ‘

La musique life, une idée superbe : j’ai adoré. On rentre tout de suite dans le vif du sujet. C’est vraiment un spectacle complet. Je gage que cela sera dur pour vous de revenir sur terre après le 3 juin !

C’est sûr qu’on va être tristes. Déjà on sent que cela va être trop court. C’est une super équipe ! En plus, c’est vraiment rare les grosses équipes où tout le monde s’entend avec tout le monde.

Est-il déjà arrivé que tu te dises « Ouf ça y est ! »

Malheureusement, oui. À la fois, je dois dire que j’ai eu beaucoup de chance. Mais comme partout, on ne fait pas que de bonnes rencontres. Il y a tellement de gens avec lesquels j’ai aimé travailler, d’autres avec qui ça s’est moins bien passé. C’est logique car c’est un métier un peu difficile : le fait d’être en permanence en rapport avec des gens de manière si intense.

Comment vois-tu le rapport entre le comédien et son metteur en scène ?

Je pars du principe que, en tant que comédien, on est des outils et on est utilisé au mieux. Mais on reste des outils disponibles pour ce qu’on nous demande de faire, même si on n’est pas toujours d’accord avec les options de mise en scène. Il y a un moment où c’est bien d’en parler, d’en discuter, mais on est engagé pour faire quelque chose et on le fait. Le lieu est aussi important pour le metteur en scène. Ici, au 210, on a une totale liberté. Ils nous font confiance, ce qui ne serait peut-être pas le cas dans un autre théâtre.

Aurais-tu envie de faire autre chose, écrire, mettre en scène, donner cours ?

Avec la compagnie « les Ex » , on a beaucoup écrit. On a fait café-théâtre pendant 4 ans au Théâtre de la Toison d’Or et on avait 3 à 4 créations par an. J’ai mis la main à la pâte de l’écriture et je me suis bien rendu compte que ce n’était pas mon truc. Au niveau de la mise en scène, je n’ai pas assez confiance en moi que pour guider des gens. ? Quant à donner des cours de théâtre non, mais j’ai bien aimé guider des beaucoup plus jeunes, en impro par exemple.

En fouillant dans tes souvenirs, te souviens-tu d’une chose bien précise qui t’aurait marqué et qui ne te quitte pas ?

Je crois que la meilleure leçon de théâtre que j’ai eue c’est Michel de Warzée qui m’a dit « Amuse-toi ! » Je crois qu’une fois qu’on s’amuse, on communique son amusement à son partenaire, au public. L’amusement et le plaisir sont essentiels. Et alors un autre conseil, c’est Yves Claessens qui m’a dit : « Accepte de jouer faux, accepte de faire des erreurs » Souvent si tu fais une erreur, tu te regardes jouer et ça devient de moins en moins bon parce que tu t’es trompé une fois. « Accepte, on n’est pas des machines, on est des humains. Le public est chaque fois différent. Faut pas s’arrêter à sa première erreur, faut tracer. Ce sont les deux conseils que j’ai retenus et qui me servent beaucoup.

Interview de Nadine Pochez le 10 mai 2006

Photos presse

Le Laboratoire des Hallucinations : à l’Atelier 210 jusqu’au 3 juin 2006

La saison prochaine, on pourra voir Denis Carpentier dans • Huis Clos au Blocry du 19 septembre au 27 octobre 2006 • Le Baiser de la Veuve à l’Arrière-Scène du 6 au 23 décembre 2006 • Musée Haut, Musée Bas, petite salle de la Comédie Claude Volter en février 2007 • Prophètes sans Dieu à l’XL-Théâtre du 20 avril au 20 mai 2007 • Tortilla de Patatas au 210 du 30 mai au 16 juin 2007

[1] Les Ados de l’Impro était une initiative de la LIB

 

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