Colette Sodoyez

Colette Sodoyez, c’est la joie de vivre son métier sous toutes ses formes : théâtre, doublage, pub etc. que ce soit en Belgique ou en Suisse. Rencontre avec une comédienne heureuse !

On va te retrouver avec bonheur sur nos planches, bientôt aux Martyrs et cet été au Karreveld. On en parle ?

C’est vraiment très gai de pouvoir reprendre pendant 5 semaines États de Couple aux Martyrs après avoir pu le jouer 3 fois– non, 4, car on a dû en rajouter une – au Karreveld l’été dernier. D’autant qu’avec Michel Hynderickx, [1] on a une belle complicité : nous sommes très complémentaires, on se fait confiance. De plus on rit tout le temps. Ça fait vingt ans qu’on se connaît et qu’on travaille ensemble, c’est un homme et un acteur que j’apprécie vraiment. Laurent Renard, notre metteur en scène, Michel et moi, nous avons le même style d’humour et on se comprend bien dans les décalages... et dans cette série de petits sketches successifs il nous est permis d’explorer des pistes diverses. Par exemple cette technique dite "exercice de style", chère à Queneau, qui consiste à reprendre une même saynète sous différents aspects.

Oui, c’est très drôle et comme cette scène revient périodiquement, c’est comme un refrain connu mais qui surprend à chaque passage entre les autres scènes. Les mots sont exactement les mêmes ?

Oui, c’est la manière de les dire qui est totalement différente : une fois avec sensualité ou alors de façon hyper agressive par exemple. La première fois qu’on les dit c’est d’une banalité... et c’est horrible parce qu’en plus il ne se passe rien... Donc on sent le public qui fait : "Oui, bon et alors quoi ?" Mais dès la 2ème fois, le déclic se fait "Ah OK, je vois..." et cela devient hilarant. C’est cela notre petite patte perso : choisir de quelles manières on voulait dire cette phrase.

Et les 2 auteurs [2] qui n’avaient mis ces phrases banales que deux fois, avaient-ils mis une didascalie ?

“Elle s’assoit sur le lit ; il est tourné de l’autre côté” pour une des versions et “Elle allume la lampe de chevet, elle est couchée” pour l’autre version. C’est tout. En même temps, il y a des couples comme cela où rien ne se passe et qui disent des choses extrêmement banales.

Justement, à propos de lumière, les éclairages ont ici beaucoup d’importance...

On est parti du principe que ce spectacle doit être facilement transportable. Il fallait donc une scénographie légère qui emmène les spectateurs dans des univers très différents et c’est là-dessus que Laurent a travaillé avec notre éclairagiste Yves Hauwaert en voulant des jeux de lumière qui habillent la scène très joliment. Au Karreveld on avait une scène conventionnelle avec un cyclo blanc derrière nous, mais aux Martyrs la scène sera encerclée par les spectateurs. C’est un réel défi pour Yves et Laurent, et pour nous, comédiens, c’est encore une surprise... Autre élément important du spectacle, la bande son de Laurent Beumier.

Sur ton site, je vois que tu travailles aussi à l’étranger. Non pas en France comme certains, mais en Suisse, ce qui est plus original. Comment cela se fait-il ?

En 1998 le Théâtre des Galeries avait été jouer Bossemans & Coppenolle au Théâtre du Vieux Quartier à Montreux. La saison suivante, ils ont remis cela avec Le Mariage de Mlle Beulemans. Le public suisse est complètement dingo de notre accent bruxellois qu’ils adorent et c’est ainsi que le Théâtre Montreux Riviera (nouvelle appellation) a demandé à Raymond Pradel de leur proposer d’autres pièces en bruxellois... Alors depuis 2001, tous les 2 ans ce tout petit théâtre de quelque 117 places (strapontins compris !) propose des pièces écrites ou adaptées par Raymond Pradel et ou Viviane de Cuypere comme ce sera le cas en 2012 avec sa nouvelle création L’Estaminet de Rosine. J’adore aller travailler à Montreux. On y est accueilli avec chaleur et gentillesse, tant par les gens du théâtre que par le public. Il y a des gens qui reviennent rien que pour nous voir et qui disent qu’ils n’ont rien été voir depuis. Il y a aussi des abonnés bien sûr, et puis une petite communauté de Belges qui se retrouvent là... Et on boit de la gueuze. En plus c’est chaque fois la même équipe, ou presque, qui part là-bas : Michel Poncelet, Michel Hinderyckx, Jean-Paul Clerbois, Robert Roanne,... C’est génial ! Les conditions de travail sont idéales, un confort de jeu inimaginable : pendant tout un mois on ne doit s’occuper de rien d’autre que de jouer le soir... J’apprécie de ne pas devoir arriver crevée au théâtre pour avoir dû courir à droite et à gauche toute la journée.

Et ils payent...

... Tout ! Notre salaire, les transports et aussi l’hébergement.

S’ils n’ont que 100 places à vendre, elles doivent être très chères...

Non, mais ils sont subsidiés bien sûr. Quand on joue là-bas on fait salle comble. La dernière fois, on était encore en répétition en Belgique, qu’on apprenait que c’était déjà sold out ! Alors puisqu’on ne peut ni prolonger ni rajouter des sièges, et que nous sommes quand même sur place, on leur a proposé de rajouter 2 matinées... La directrice Sylviane Vassy et aussi Jacques (son mari), qui s’occupe des décors, tout le monde met la main à la pâte. Même s’ils ont des programmations assez lourdes, cela reste hyper artisanal comme endroit. Voilà, je les adore, c’est comme ma 2e famille.

Bref ce n’est pas moi qui ai demandé, ce sont eux qui sont venus me chercher et qui me sont restés fidèles par la suite. Quant à Paris, je n’ai rien contre le fait d’aller y travailler mais je ne sais pas comment on fait : je n’ai pas d’agent ni les contacts nécessaires...

Ton meilleur "agent" est ce que tu nous livres sur ton propre site que tu m’as dit avoir fait entièrement toi-même !

J’avais déjà eu envie de faire un site parce que je trouve ça très pratique et que c’est sans doute aussi dû à mon côté écolo : plutôt que d’envoyer des dossiers papiers faits de photocopies et photos qui coûtent cher, qu’on ne lira peut-être même pas et qui finiront dans la poubelle… Depuis ma sortie du Conservatoire, j’avais réussi à faire un chouette petit dossier de plusieurs pages avec photos et articles de presse mais ça représente un fameux budget. Et puis, à un moment donné, profitant de cette possibilité offerte par le FOREM, j’ai suivi des cours par correspondance pour la programmation informatique. Donc j’y suis arrivée, mais après, ça demande trop de connaissances. Tant que je faisais les exercices, je savais comment ça marchait, mais de là à créer un site internet tout à fait neuf qui soit un peu fun… c’est très compliqué et je ne suis pas informaticienne. Pendant que je faisais cette formation, des sites gratuits sont apparus… Tu t’y inscris et puis tu choisis le nombre de pages, la forme, la mise en page, les caractères et les couleurs. En fait tout est prédéfini et il ne te reste plus qu’à créer toi-même.

Comment as-tu choisi ce site-là ?

Sur conseil d’un ami, mais entretemps, il y a d’autres sites du même genre qui sont apparus sur la toile et où tu ne dois pas faire de programmation toi-même. Après, il y a tellement de choix de mises en pages, de couleurs etc. qu’il est pratiquement impossible de trouver 2 sites identiques. Il y en a peut-être qui sont plus dynamiques, avec des petites images qui bougent, mais je voulais quelque chose de pratique et qui soit agréable à lire. Quand tu fais ton propre site, tu dois d’abord te demander ce qui va intéresser les gens, et comment le rendre facile d’accès. Je suis allée voir les sites d’autres et parfois j’ai trouvé cela compliqué.

J’ai apprécié de voir que ton CV soit non seulement très clair mais tout à fait à jour. C’est loin d’être le cas pour la plupart des sites que je consulte en cherchant des hyperliens pour mes interviews… À quoi bon avoir un joli site facile d’accès si on n’a pas signalé le changement d’adresse email depuis 2 ans ?

De là l’avantage de pouvoir faire les mises à jour soi-même ! Au départ je voulais passer par un webmaster, on m’avait donné des tarifs et c’était genre 1000 euros pour faire le site et le gérer… D’abord je n’avais pas ce budget-là et ensuite je voulais être indépendante. L’ennui quand on passe par un intermédiaire c’est aussi qu’il n’aura pas forcément le temps de faire les modifications au moment où tu les lui demandes. Je mets mon site à jour au moins une fois par mois. C’est pratique, je tape un code et en 3 minutes 30 c’est fait. Par exemple, on m’a envoyé des photos du spectacle Qui est Qui ? que j’ai joué en décembre dernier au Jardin Passion à Namur, j’en ai choisi 2 ou 3 et hop, je les ajoute

Allez-vous reprendre Qui est Qui ?

On espère, mais il faut trouver des acheteurs. Bruno Mullenaerts, un comédien que j’ai rencontré en doublage et qui se forme à domicile à la réalisation et au montage de films est venu nous filmer 3 soirs sous différents angles et il en a sorti un excellent DVD avec lequel on espère toucher des Centres Culturels et j’espère que cela donnera envie aux gens qui le recevront. Qui est Qui ? est un spectacle "non-sense" anglais comme je les aime. On était à 4 : Cécile Florin, Bruno Georis, Benoît Grimmiaux et moi sous les regards de Gudule qui assurait ici sa première mise en scène. C’était chouette aussi de retrouver Benoît qui fait beaucoup de voix pub, mais qui n’avait plus fait de théâtre depuis longtemps et qui est quand même un acteur formidable.

Tu as énormément de cordes à ton arc, théâtre, pubs radio et tv, doublages etc. Que préfères-tu ?

Franchement j’aime tout. À côté de cela il faut bien avouer que j’ai la hantise de mettre tous mes œufs dans un même panier. Je n’ai donc pas envie d’être dépendante d’un seul secteur d’activités. Une autre raison, c’est parce que ça m’éclate comme une dingue de me dire qu’aujourd’hui j’ai un doublage, demain une "première" au théâtre et après demain je suis en studio pour faire une pub pour un fromage blanc et qu’après ça je vais m’entrainer à la Ligue d’Impro. Bon cette année je ne fais pas partie de la saison, mais je trouve que cela te permet de rencontrer tellement de gens de milieux tellement différents, parce que pub, doublage ou théâtre ce sont non seulement des employeurs différents, mais des manières de travailler différentes. Du coup ça m’arrange et ça m’enrichit très fort. Je ne m’embête jamais. Par exemple quand je faisais de la direction de doublage, je dirigeais un film ou une série, mais après c’est bon, c’est fini… je n’ai pas besoin d’avoir une autre direction de film juste derrière. J’ai envie d’avoir envie de revenir ! Le théâtre, ça te prend une énergie folle. L’année passée par exemple, j’ai enchaîné 5 spectacles d’affilée. C’est très fatiguant, tu étudies, tu répètes le spectacle suivant pendant que tu joues le soir. Je ne peux pas me plaindre parce que c’est formidable d’avoir autant de spectacles sur une saison, mais en même temps c’est la première fois que ça m’arrivait de les enchaîner à la queue leu leu. Ça te demande tellement d’énergie si tu ne veux pas toujours jouer de la même manière. Et en plus quand tu as une famille, un enfant... À un moment donné j’ai besoin de faire : "Ouf, je vais aller un peu en studio et avoir d’autres horaires".

Ceci dit, je ne vais jamais refuser de faire un truc parce que je suis trop fatiguée. Je puise mon énergie dans les différentes personnes que je rencontre et c’est un travail où je me marre.

Cet été, on te retrouvera dans la distribution du Béret de la Tortue, une création du Festival Bruxellons cet été au Château du Karreveld

Je suis très contente de revenir au Karreveld, car là aussi c’est une belle famille. L’ambiance me fait un peu penser à ce que je ressens au TMR en Suisse. D’abord il y a les gens qui, dans la mesure du possible, sont assez fidèles aux comédiens qui vont travailler avec eux. Moi j’ai commencé avec un tout petit rôle – Lady Montaigu – dans Roméo et Juliette et je n’avais que 3 répliques. Le contact s’est bien passé, on s’est bien entendus et l’année d’après ils m’ont proposé de jouer Marie Curie dans Les Palmes de Mr Schutz, qui est un rôle merveilleux. Et puis il y a eu Un Air de Famille, La Vie de Chantier et donc ces 4 séances de États de Couple l’an dernier. Et chaque fois ce sont des spectacles où l’on s’amuse bien. Tu mets les pieds au Karreveld et tu fais : "Ah, je vais passer un bel été !" Il y a le fait que ce soit un Festival, que les gens peuvent manger au bord de l’étang, prendre un verre avec nous à l’issue du spectacle parce que les comédiens ne sont pas pressés de partir… Et puis ce cadre est magnifique !

Et que peux-tu nous dire de cette pièce ?

C’est encore une production de Argan42 et en 2005, notre metteur en scène, Daniel Hanssens, avait déjà joué cette pièce aux Galeries, dans une mise en scène de Patricia Houyoux. J’ai bien sûr lu la pièce mais pour le reste, je n’en sais pas encore grand’ chose si ce n’est que c’est l’histoire de 3 couples qui passent leurs vacances ensemble. Dans un premier temps, on les retrouve en aparté dans leurs chambres respectives tout au long du séjour et tous les déballages se font au 2e acte lors du dernier repas pris en commun. Ce que j’en sais déjà c’est que je me retrouve encore une fois être la femme de Michel Hinderyckx, les deux autres couples étant formés de Laure Godisiabois avec Victor Scheffer et Valérie Marchant avec Pierre Pigeolet.

Une conclusion ?

Je suis heureuse dans ce que je fais. J’ai beaucoup de chance de faire ce métier-là.


RETROUVER COLETTE SODOYEZ SUR LES PLANCHES :
-  États de Couple de Odile Clair & Marc Phéline. Mise en scène de Laurent Renard au Théâtre de la Place des Martyrs du 29 avril au 26 Mai 2011
-  Le Béret de la Tortue de Jean Dell et Gérald Sibleyras. Mise en scène de Daniel Hanssens au Karreveld à partir du 14 juillet 2011
-  L’Estaminet de Rosine de Viviane de Cuypere. Mise en scène de Raymond Pradel au TMR à Montreux (Suisse) en janvier-février 2012


- Interview : Nadine Pochez - 5 avril 2011
- Crédits photos : Luc Tourlouse-argan42 sauf "Beulemenans" de Alain Trellu

[1] lire aussi son interview au sujet de États de Couple :

[2] Odile Clair & Marc Phéline

 

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