Christian Dalimier

Cet été, comedien.be suit à la trace la très productive compagnie Lazzi ! Depuis bientôt 20 ans, ces comédiens issus de l’I.A.D. travaillent comme des forcenés pour le plaisir des spectateurs. Vouant une passion incommensurable au théâtre, Christian Dalimier nous explique, entre autres, leur recette pour créer un spectacle de A à Z.

La pièce que nous venons de voir Petits Meurtres Entre Nous, qui tourne déjà depuis 2003, est un pur produit de la Compagnie Lazzi.

Comment est née cette compagnie ?

La Compagnie Lazzi, c’est quatre copains qui se rencontrent à l’I.A.D. à la fin des années 80. Nous avions créé un spectacle de fin d’étude : L’Épreuve de Marivaux mis en scène par Jules-Henri Marchant Cette pièce a vraiment bien fonctionné : nous l’avons tournée pendant un certain temps. En outre, ce spectacle nous a appris beaucoup de choses. Suite à ce succès, nous avons décidé de donner naissance à la compagnie Lazzi, et depuis bientôt 20 ans déjà, nous créons des spectacles ensemble. Il nous arrive aussi, heureusement d’ailleurs, de travailler en dehors de la compagnie ce qui permet de s’ouvrir à d’autres horizons.

Comment s’est déroulée la phase d’écriture de cette pièce ?

Le spectacle Petits Meurtres Entre Nous est une série de quatre monologues. Nous nous sommes rendu compte, lors de nos précédentes créations, qu’écrire à plusieurs était presque impossible.

Donc, chaque comédien a écrit son propre monologue par rapport à une situation de départ bien particulière que nous avions inventée ensemble : le baron Edmond d’Arras est assassiné dans son château. Nous avions également choisi les personnages qui graviteraient autour de cette victime : son épouse Marguerite d’Arras (Evelyne Rambeaux), Henri Rolin, le peintre protégé du baron (Christian Dalimier), la gouvernante Adèle Dollier (Pascale Vander Zypen) et le majordome Mathias Lelong (Stéphane Stubbé). Dès le début du spectacle, les spectateurs sont séparés en quatre groupes qui, suivant un circuit prédéterminé, partent à la rencontre des principaux suspects. Le public est conduit dans ces différents lieux par quatre domestiques : Maité Martinez, François Cantin, Martin Segura et Annette Closset. Aujourd’hui, il s’agit de la 130e représentation ! Le travail dure environ deux ou trois mois et l’intrigue naît au fur et à mesure. Mais au départ, nous ne savons jamais vraiment vers quoi nous nous dirigeons. À chaque fois, cela se passe très bien. Les membres de la compagnie sont bien en phase : nous avons les avantages de nous connaître depuis de longues années et l’habitude de travailler ensemble. Le château de Modave est évidemment un endroit idéal pour monter une pièce comme Petit Meurtre Entre Nous, parce que cela permet aux spectateurs de se balader dans différentes pièces du château pour rencontrer les quatre personnages principaux. Mais en même temps ce spectacle a pu être joué avec bonheur dans d’autres lieux comme une gare désaffectée, une abbaye, un théâtre [1], des centres culturels… À chaque lieu son atmosphère particulière. Le contexte étant différent, le texte suit forcément. Nous nous adaptons au lieu pour garantir un maximum de suspense et de plaisir à notre public. Comme ils ne peuvent pas comparer, les spectateurs, eux, sont toujours aussi enthousiastes quel que soit le lieu que nous occupons. Cette pièce nous amuse tout autant que le public. Et tant qu’il y aura de la demande, nous continuerons à la jouer. Plus d’infos sur notre blog [2]

Autre production de votre compagnie : tu vas mettre en scène Antigone de Jean Anouilh qui se jouera au Festival de Spa les 15 et 16 août à 21 heures dans le Salon Bleu.

Il y a 20 ans déjà, tu jouais dans Antigone aux Tréteaux de France à Paris. Est-ce alors toi qui auras choisi de présenter cette pièce ? Et auras-tu été influencé par la mise en scène de Jean Davy ou sera-ce très différent ?

Antigone que nous jouerons à Spa, a été créée, en 2009, au château de Modave. Je réalise la mise en scène et j’y joue le Chœur. Pascale Vander Zypen est Antigone et son oncle Créon sera interprété par Pierre Géranio. Effectivement, il y a 20 ans, à Paris, j’interprétais le rôle de l’un des gardes. J’avais trois phrases à dire, mais, je garde un excellent souvenir de ce travail. Il y avait une grande force qui se dégageait des comédiens. J’ai été très impressionné par Jean Davy qui jouait Créon et qui avait d’ailleurs créé le rôle en 1944 à la sortie de la pièce. Ce Monsieur de 80 ans m’avait vraiment épaté ; je le trouvais extraordinaire ! Vingt ans après, j’ai eu l’envie de retravailler Antigone. Cette mise en scène, que vous pourrez voir à Spa, est très simple, juste les yeux dans les yeux. Cette pièce sera également en tournée à partir d’octobre 2010 à Martinrou [3], Bertrix, Verviers, Waterloo et on pourra bientôt trouver tous les détails sur notre site.

Outre Antigone, quels sont les prochains projets de la compagnie Lazzi ?

Nous reprendrons Une Époque Formidable, un spectacle que j’ai coécrit avec Pascale Hers et qui avait déjà été créé à La Ferme de Martinrou dont elle est l’animatrice. Au mois d’août, je serai au Festival Jeune Public de Huy. J’y ferai une mise en scène d’un spectacle qui s’appelle C’est à Moi. J’espère également, l’an prochain – pour notre 20e été au château de Modave – créer un nouveau spectacle. On ne sait pas encore ce que cela sera ni où cela se jouera : dans le château, dans la cour ou dans les jardins – car se pose évidemment le problème de la météo capricieuse en Belgique – . S’il faut protéger comédiens et spectateurs d’une ondée éventuelle cela change la donne côté budget. Donc le choix du sujet dépend aussi de cela. Et je dirais que la moindre de nos difficultés n’est certainement pas le fait que notre compagnie ne soit pas subventionnée. Nous n’avons pas toujours des sous pour commencer à travailler. Parfois, nous recevons des aides à la reprise. Cependant, ce qui nous permet surtout de gagner notre vie, ce sont les tournées ; lorsque nos spectacles sont achetés par la France par exemple. Avec les membres de la compagnie, nous nous faisons souvent cette réflexion : « en Belgique, il y a peu de comédiens qui gagnent leur vie uniquement avec le théâtre ». Certains font de la pub, donnent des cours,… Il faut beaucoup d’énergie. Néanmoins, je reste passionné de théâtre. Je m’amuse beaucoup à faire ce métier. A 46 ans, je suis toujours super content de recevoir une proposition de rôle.

Donc depuis maintenant 19 ans, chaque été, la compagnie Lazzi propose un spectacle au château de Modave ? Oui ! Je suis originaire de Huy. Quand j’avais 20 ans, j’ai sonné, ici, à la porte du château et j’ai dit : « Bonjour ! J’aime bien ce château ! Est-ce que vous croyez qu’il y aurait moyen d’y faire du théâtre ? ». La personne m’a répondu : « Ben oui ! Pourquoi pas ?!! ». Le premier spectacle fut une pièce de Courteline… Outre nos créations personnelles, nous avons joué des pièces de Marivaux, Obaldia, Molière, Beaumarchais, …. Au début, il était difficile d’avoir un public car Modave n’est pas aussi connu que Villers-la-Ville. Il faut se battre pour se faire connaître, d’autant plus que nous ne disposons pas des mêmes moyens !

L’écriture semble occuper une grande place dans ton métier de comédien. Tu donnes également des cours d’écriture. Quelles sont tes méthodes, tes sources d’inspiration ?

J’aime l’écriture ; ça reste une passion pour moi ! C’est certain ! Cela fait partie de mon métier et je pratique cette activité autant que celle du jeu. Un des déclencheurs a été l’écriture de Comme les Gens qui ont Peur de l’Eau [4] que j’ai co-écrit avec Pascale Vander Zypen L’année dernière, j’ai donné un stage d’écriture. Nous avons commencé le travail autour d’un thème bien particulier. Je donnais quelques pistes et pendant 3 mois, les participants écrivaient. Parfois, je les faisais écrire par duo. Les gens ont des approches différentes par rapport à l’écriture : certains prennent la plume pour eux-mêmes, parce qu’ils rencontrent des difficultés ; d’autres écrivent pour le théâtre,… Ensuite, ils jouaient ce qu’ils avaient écrit. L’objectif n’est pas forcément le théâtre : toute expression doit rester possible. Il s’agit avant tout de raconter des histoires. J’ai également collaboré aux one woman shows de Lorette Goosse en lui écrivant quelques textes, et cela depuis son tout premier spectacle. Ma source d’inspiration est d’abord la lecture. Lorsque l’on se décide pour un thème, un sujet, il s’agit avant tout de se renseigner sur celui-ci : étudier, rencontrer des personnes capables de témoigner,... Pour écrire, je pense qu’il est primordial, d’une part, de s’intéresser à la vie, et, d’autre part, d’être capable de travailler énormément. J’aime beaucoup cette phrase de Brel qui dit que le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose.

À propos d’envies, quelles sont les tiennes ?

J’aimerais beaucoup travailler un auteur français contemporain Jacques Pierre Amette (http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacque... )et particulièrement l’une de ses pièces qui s’appelle « Le Maître Nageur » que je souhaiterais monter. J’ai bien sûr envie d’écrire. Actuellement, je travaille à la conception d’une pièce sur la mémoire et la maladie d’Alzheimer. Il y aussi deux comédies que j’ai terminées et que j’aimerais voir montées.

Tu collabores aussi avec La Montagne Magique ?

Oui, j’y travaille depuis 15 ans comme formateur pour de futurs enseignants. Je leur fais faire du théâtre afin qu’ils s’expriment plus librement. Au mois de juin dernier, pour les 15 ans de La Montagne Magique, nous y avons joué Petit Meurtre entre Nous. J’y fais également des mises en scène pour le théâtre jeune public.

Pour terminer, petit questionnaire de rapidité ! « Si tu étais… » :

Un pays : Un pays d’Afrique

Un paysage : Un coucher de soleil à Trégastel [5]

Une fleur : Une tulipe

Un légume : Une tomate d’Italie

Un animal sauvage : Un éléphant du Mali

Un animal domestique : Je préfère les animaux sauvages

Une chanson : Une chanson de Jacques Brel

Un film : Un film de Claude Sautet

Un livre : Un roman de Maupassant


Interview réalisée à Modave par Nadine Pochez et France Pinson – 9 juillet 2010


Word - 31.5 ko

Festival Royal de Théâtre de Spa : Infos de dernière minute

Word - 1.4 Mo

[1] L’Atelier 210

[2] NDLR : Il semblerait que le blog soit plus régulièrement mis à jour que le site

[3] Antigone à La Ferme de Martinrou, c’est du 5 au 8 octobre 2010. Réservations 071/816332

[4] 200 représentations !

[5] Côte d’Armor, Bretagne

 

Me connecter

Pas encore membre ?
INSCRIVEZ-VOUS


Recherche rapide


Plus de critères »

A découvrir

SQL: SELECT * FROM t_banners WHERE circuit = 'home' AND emplacement = '1'ORDER BY position
SQL: SELECT * FROM t_banners WHERE circuit = 'home' AND emplacement = '2'ORDER BY position

Newsletter

Pour être tenu au courant de nos activités, laissez-nous votre email !