Charlie Degotte

Les mois de juillet, dans le monde du théâtre, c’est rarement très vivant. Mais cette année, le metteur en scène déjanté Charlie Degotte reprend sa pièce Dju ! au Théâtre de la Toison d’Or. C’est en fait une nouvelle partition qui nous sera présentée par quatre acteurs et un mannequin remplaçant le cinquième performer. Après avoir été promener son chien, Charlie Degotte m’accorde quelques minutes et répond à mes questions.

Vous êtes à la tête de l’asbl Aucun Mérite, pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

C’est la structure administrative pour mon travail depuis des années. Je suis subsidié par la Communauté Française et cela doit passer par des asbl. Il y a quelques années d’ici, nous avions fait un spectacle qui avait bien fonctionné sur le dernier aphorisme de Marcel Mariën : « Il n’y a aucun mérite à être quoi que ce soit ». Et quand il a fallu trouver le nom de l’asbl, c’était tout trouvé.

En quoi cette phrase a-t-elle marqué votre travail ?

J’ai été très influencé par les surréalistes belges, Marcel Mariën en tête. C’était quelque part la philosophie de ce groupe surréaliste qui m’intéressait. Puis ils sont partis sur la pointe des pieds… L’anonymat dans ce groupement-là était assez préconisé. Et donc, « il n’y a aucun mérite », cela va de soi, mais c’est une philosophie que j’aimais bien.

Avez-vous eu la chance de rencontrer Marcel Mariën ?

Non, et c’est pourquoi j’ai fait un spectacle avec cette dernière phrase qu’il avait écrite. En fait, nous avions pris un rendez-vous (c’était en 1993) parce que j’avais mis dans la bouche d’un Monsieur Loyal d’un cirque français avec lequel je travaillais, beaucoup de ses aphorismes. Je tenais donc à le rencontrer. On avait pris rendez-vous, mais il ne m’a pas attendu (NR : Marcel Mariën meurt à Bruxelles le 19 septembre 1993.)... Alors, comme c’est la dernière phrase qu’il avait écrite sur son cahier, j’ai commencé un spectacle à partir de cette phrase.

Vous considérez-vous comme un surréaliste ?

Pas du tout. D’ailleurs, pour essayer d’être assez orthodoxe, pour eux l’acte surréaliste ne pouvait pas appartenir au théâtre. Je suis influencé par tout ça, mais ce que j’ai surtout glané dans le surréalisme du groupe d’ici, c’est leur humour.

Venons-en à la pièce qui est reprise tout le mois de juillet au Théâtre de la Toison d’Or : Dju ! Pourriez-vous nous en faire le pitch ?

Oui, c’est très simple : ce sont quatre performers merveilleux qui essayent de ne rien faire sur scène le plus longtemps possible.

Ils y arrivent ?

Non évidemment, sinon il n’y aurait pas théâtre. Le théâtre n’existe que dans le conflit, basé sur ce pitch-là. On va mettre tout ce qu’on peut pour contrarier cette volonté de ne rien faire.

S’agit-il dès lors d’une satire de certains performers qui ont tenté de ne rien faire sur scène ?

Non, très peu de gens essayent de faire ça. C’est vrai que dans les années septante, des groupes comme le living theatre ont fait des choses où subitement l’acteur s’arrêtait de jouer pendant 20 minutes et ça provoquait des réactions très vives dans le public. Mais ça, c’étaient les performances des années septante. Ici, c’est plus par rapport à mon travail à moi où j’ai beaucoup travaillé avec le tout : en faisant tout Shakespeare en 1h20 par exemple. Je travaillais un peu avec cette notion du tout, et pour changer, j’ai décidé de travailler sur le rien.

Pourquoi un tel titre, Dju ! ?

Ca vient du fait que comme ce rien va être contrarié sans arrêt, on se dit à chaque fois : Dju ! C’est raté !

Un juron que vous utilisez souvent vous-même ?

Oui oui oui !

Comment a évolué l’écriture de cette pièce ?

On est parti de vraiment rien, je suis venu devant les acteurs avec rien. On a d’abord essayé de ne rien faire, pour du vrai. On a fait jusqu’à des « mille » ! Quand on dit des « mille », ce sont les acteurs qui comptent un, deux, trois, quatre, cinq dans leur tête. Imaginez compter jusqu’à mille sans rien faire… On a fait des répétitions comme ça, épuisantes : c’est épuisant de ne rien faire ! Tous les jours, j’amenais des sujets d’impro pour contrarier ce rien, et au fur et à mesure, une partition s’est échafaudée. On a construit avec les acteurs une partition autour de ce rien contrarié.

Cet été, les spectateurs pourront assister à Dju ! (et c’est reparti !). On remarque qu’il y a un acteur de moins (Francesco Italiano). Est-ce un acte volontaire ?

Non, un des acteurs est parti sur un spectacle à Avignon et je n’ai pas tenu à le remplacer, si ce n’est par un mannequin… qui arrive très bien à tenir son rôle. Nous avons dû répéter un peu avec ce nouveau partenaire qui est champion du monde de rien, évidemment.

Ceux qui ont déjà vu Dju ont donc tout intérêt à revenir voir Dju ! (et c’est reparti !) ?

Oui, bien sûr. De toute façon, on change la partition. Entretemps, on n’a pas beaucoup joué la pièce, mais on a fait une petite version allemande qui a déjà changé un peu la partition. On a quelques jours encore pour mettre ça sur le métier.

J’ai lu quelque part qu’il y a deux ans, vous vouliez revendre le canapé de la pièce sur Ebay. Vous avez réussi ?

(Rires) En fait, le canapé qui était à vendre, c’est le théâtre de Namur qui nous l’avait prêté. C’était un canapé qui venait du Conseil communal et qui avait toute une histoire : apparemment, le Bourgmestre avait déjà retourné deux ou trois secrétaires là-dessus. Mais c’est vrai que nos deux mois de répétition sur ce vieux canapé l’avaient vraiment épuisé, puis il est retourné à Namur…dans un musée certainement. Pour le spectacle, on en a acheté un nouveau en cuir.

On pourra donc le voir au Théâtre de la Toison d’Or. Pourquoi ce théâtre ?

C’est la première fois que je joue au Théâtre de la Toison d’Or. C’est une idée qu’on avait avec mon administrateur il n’y a pas mal d’années, on s’est toujours dit : « mais enfin, pourquoi tous les théâtres sont fermés en juillet ? ». Et comme nous n’avions pas de réponse, on a demandé un théâtre à prêter. En croisant Nathalie (Nathalie Uffner, directrice artistique du Théâtre de la Toison d’Or), on lui a demandé si c’était possible et elle nous l’a gentiment prêté. Donc, on essaye. Est-ce que ça marche ? On en saura plus fin juillet. On verra si c’est une bonne ou une mauvaise idée. Mais comme personne ne peut me le dire, je l’essaye pour voir.

La salle change-t-elle beaucoup des lieux précédents ?

Non, rien du tout. Mais vous savez, la version allemande, on l’a jouée dans une boîte de nuit !

Pouvez-vous, pour finir, nous parler de vos projets en cours ?

Je suis en train d’écrire, aussi pour le Théâtre de la Toison d’Or, « Zaventem, moi non plus », une histoire qui se passe dans l’aéroport de Zaventem, pour la saison prochaine en mars.

L’histoire en deux mots ?

Une femme attend son avion depuis 36 ans.

Merci pour cette interview. Moi, c’est sûr, je serai au TTO au mois de juillet !

Interview réalisée par Sarah Heinderyckx le 20 juin 2009.

Crédits photos : Marie-Françoise Plissart.

 

Me connecter

Pas encore membre ?
INSCRIVEZ-VOUS


Recherche rapide


Plus de critères »

A découvrir

SQL: SELECT * FROM t_banners WHERE circuit = 'home' AND emplacement = '1'ORDER BY position
SQL: SELECT * FROM t_banners WHERE circuit = 'home' AND emplacement = '2'ORDER BY position

Newsletter

Pour être tenu au courant de nos activités, laissez-nous votre email !