Catherine Kirsch et Alexis Van Stratum

Avant de vous rencontrer et de travailler ensemble, vous avez connu des parcours riches et très différents. Racontez-nous les étapes qui vous ont menés au théâtre.

Catherine Kirsch Catherine : c’est à l’Académie de Braine l’Alleud que j’ai commencé le théâtre, à 16 ans. Le virus m’avait gagnée, toutefois, j’ai choisi d’entamer une formation en sociologie à l’université. Après les deux années de candidature, je me suis inscrite à l’IAD où je ne suis restée qu’un an. J’ai repris les licences en socio, au cours desquelles j’ai eu la chance de partir en Erasmus en Angleterre, période très enrichissante et moment-clé dans ma vie. Je ne regrette absolument pas ces études. Enfin, j’ai été reçue au Conservatoire de Bruxelles en 2000, dans la classe de M. Marbaix, et j’ai obtenu mon premier prix en juin dernier. J’ai envie de résumer mon parcours comme une succession de « baffes » et de temps forts tels que les rencontres constructives, gratifiantes. Une façon d’avancer et de grandir…

Alexis  : J’ai aussi commencé le théâtre à l’Académie. Grâce à un de mes professeurs, j’ai compris que l’ingrédient de base pour accéder au jeu était la confiance. Et c’est dans cette grande confiance mutuelle que j’y ai pris goût. J’ai commencé une formation de comédien au Conservatoire d’Anvers (NDLR : Alexis est parfait bilingue) et malgré la rencontre avec des professeurs passionnants, j’ai très mal vécu l’esprit conceptuel, radical qui y règne, axé sur l’innovation et la créativité intensive. Je me suis senti très seul, découragé, plein de doutes et peu considéré. J’ai donc choisi d’arrêter le Conservatoire et je me suis retrouvé à jouer dans un sitcom pour la télévision flamande. Resté sur ma faim, j’ai présenté l’examen en TAC à l’INSAS. J’ai été reçu, mais je craignais à nouveau de ne pas être à la hauteur. À 20 ans, on a peur de se planter… Je me suis mis à écrire, puis j’ai eu l’immense plaisir de rencontrer Thierry Salmon lors d’un stage. Il m’a fasciné par son sens de l’humain, que je considère comme une valeur essentielle dans le travail artistique. Enfin, plus conscient de mes envies, j’ai entamé une formation en cinéma à l’INSAS, véritable école de personnalité, de citoyenneté. Notre classe était formidable, nous étions très soudés. D’ailleurs, je travaille encore avec Delphine Noels, qui a notamment réalisé la vidéo du spectacle.

Je dirais aussi, comme Catherine, qu’en tant qu’artiste, il faut s’enrichir par les rencontres, même si toutes ne sont pas bonnes à garder…

Comment vous-êtes vous rencontrés ?

Catherine : Avec des amis du Conservatoire, nous déplorions l’absence de formation au jeu face à la caméra. Nous avons pris contact entre autres avec Alexis, que l’un d’entre nous connaissait, qui a accepté de nous « coacher ». Ensemble, nous avons réalisé un court métrage. L’expérience fut très conviviale et complète, car avec l’aide des professionnels nous avons touché à tout. Le courant est passé, l’envie de se retrouver dans le travail nous a menés à « Hystéries ».

Écrire, est-ce une volonté ou une obligation ?

Alexis  : Cette distinction est très importante. D’après moi, l’artiste – l’auteur en l’occurrence – doit partir d’une envie, d’une nécessité de dire et non être poussé par l’angoisse du « vide ». Certains parviennent à créer par obligation. Pas moi. Je ne peux m’investir qu’en toute liberté et surtout, je dois y croire. D’autant plus que pour ce type d’activité, même professionnelle, l’argent manque et les démarches pour obtenir des subventions sont laborieuses et souvent décourageantes (Aaah, le fameux problème de la reconnaissance de l’artiste par la société…). Autant mettre son énergie dans un projet qui tient à cœur !

Qu’en est-il de l’écriture de cette pièce « Hystéries » ?

Alexis Van StratumAlexis : C’est mon premier texte dramaturgique. En tant que scénariste, je connais les nombreuses contraintes techniques qui font que le scénario se tient. Mais ici, j’ai délibérément choisi de partir de moi, de mes tripes. J’ai poussé jusqu’au bout mes petites angoisses existentielles… Les scènes sont courtes, émergeant d’impros. En les écrivant, j’ignorais quelle en serait la fin. Puis dans un deuxième temps, j’ai réalisé un travail d’élagage. Il fallait supprimer les redondances, les paraphrases. J’ai pu compter sur l’aide des comédiens. En fait, dans le travail d’écriture, on se sent seul, on doute facilement. De là l’importance de la présence, de l’intérêt des autres. La lecture à plusieurs voix est un moment fondamental. Pour moi, c’est l’équipe qui fait le tout.

Catherine : À la lecture, nous avons essayé des tas d’options. Nous avons donc participé à l’écriture de la version finale en quelque sorte.

Comment aborder le travail quand l’auteur est aussi le metteur en scène ? Quelle liberté est laissée aux comédiens ?

Catherine : Alexis nous fait confiance et fait preuve d’une grande humilité, c’est très porteur. Nous jouissons d’une grande liberté dans le travail, que nous avons entamé en janvier, et nous pouvons même discuter du texte, voire suggérer quelques changements sans évidemment tomber dans la paresse qui consisterait à modifier toute phrase un peu malaisée à dire…

Peut-être y avait-il une absence de recul dans le travail, car le texte est imprégné du vécu d’Alexis, mais ce n’était pas paralysant, plutôt stimulant au contraire. L’enjeu en était renforcé : nous confrontions nos « peurs » (de comédien, d’auteur, de metteur en scène). Et puis, nous avons pris de la distance par rapport au texte en recourant à d’autres techniques que le jeu (danse, vidéo, chant).

Alexis : Quand on écrit, on part nécessairement d’images. Ici, elles étaient très personnelles. Mais dans la mise en scène, il s’agit de lâcher ces images, de livrer le texte aux interprètes. Le scénographe de la pièce, Philippe Lemineur, qui est un ami proche, a lui-même observé qu’on avait abandonné le matériau « Alexis » et que les comédiens se l’étaient approprié.

Une difficulté est propre à cette situation : quand un problème surgit, d’où vient-il ? Du texte, de la mise en scène ou du jeu des comédiens ? Que faut-il changer ? Doit-on revoir le texte ? (la question ne se pose pas quand il s’agit du texte d’un tiers, d’un auteur reconnu). Mais je ne cède pas aux caprices et je tâche d’analyser les critères qui impliquent un changement. Il y a une réelle implication, ça me plaît.

Catherine  : le travail sur « Hystéries » a ceci de fort : c’était une sorte de « huis clos ». Nous sommes deux comédiens sur scène, tout le temps, dans toutes les situations, pendant 1h20. C’est une expérience intense, instructive, très prenante pour les artistes.

« Hystéries », c’est quoi exactement ?

Catherine : Ce sont 9 « situations » écrites pour A et B. On ne connaît pas même leur identité sexuelle, on sait juste qu’il est question d’un couple. En lisant, nous avons déterminé les rôles. Nous avons parfois « renversé » les situations. En gros, c’est un couple qui s’aime à la folie et qui va jusqu’à se déchirer. Ce qui fait aussi la particularité de cette pièce est sa pluridisciplinarité. Le couple s’exprime par différents modes : la chorégraphie (Alexandre Pouly), la musique (Nicolas Testa, aussi comédien dans la pièce), la chanson (Alexis), la vidéo (Delphine Noels). Tous ces modes racontent la même chose, forment un tout lié.

Alexis : cette pluridisciplinarité est à l’image de ma personnalité ; je suis touche-à-tout, curieux et intéressé par plein de choses. Les chansons vont donner de la chaleur, c’est le cocon amoureux. La vidéo, c’est l’harmonie charnelle du couple. Elle tourne en boucle pendant la pièce.

Quel public sensiblisez-vous à travers ce spectacle ?

Catherine : Tout un chacun peut s’y retrouver, s’il est lucide. Bien sûr, c’est théâtralisé, les situations sont fictives, poussées à l’extrême. Mais je pense que cela peut toucher tout le monde. L’amour, le couple avec ses angoisses et soucis quotidiens, est un sujet universel. Et le côté noir d’ « Hystéries » est atténué par la présence d’un humour vrai, un peu absurde qui provoque une prise de distance.

Alexis : Oui, on trouve cette mauvaise foi, ce côté gamin… Pour ma part, j’étais préoccupé par la question de l’amour absolu, idéal qui peut aussi être destructeur. Le spectacle est un questionnement. Il ne donne pas de réponse, pas d’explication.

L’expérience semble être concluante. Avez-vous d’autres projets communs ?

Alexis : Oui, j’ai envie de créer une « famille », j’accorde de l’importance à la fidélité. L’ASBL et compagnie « Querelle », dont je suis un des membres fondateurs, existe déjà. Elle vise à (co)produire des œuvres artistiques diverses ainsi que développer des initiatives pédagogiques. L’accent est mis sur le travail de recherche en commun. Mais nous n’avons encore rien défini. Je me demande comment font les directeurs de théâtre pour organiser à l’avance et précisement la programmation d’une saison entière…

Catherine : Travailler ensemble ? Oui, sûrement. J’ai aussi envie de faire et de tenter plein de choses, de la radio par exemple ou de m’investir dans des projets dont je serais l’initiatrice, mais pour le moment, rien de concret…

Un mot de la fin ?

Alexis : N’attendez pas qu’on vienne vous chercher. La Soupape, par exemple, est une aubaine. Il faut en profiter ! Certes, c’est une prise de risques, c’est un pari, mais c’est mieux que de cafarder chez soi, et risquer de perdre foi dans le métier. Et c’est important de se faire voir, de se faire connaître. Bruxelles recèle de lieux qui le permettent, c’est une chance ; il faut la saisir !

« Hystéries », du 15 au 24 avril 2004 (relâche lundi et mardi), à la Soupape, 26 rue A. de Witte 1050 Bruxelles, réservations : 02 649 58 88

Propos recueillis par Stéphanie Van Vyve

 

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