Bernard d’Oultremont

Chaque été, le Théâtre Royal des Galeries organise sa grandetournée des châteaux. Cette année, vous pourrez voir partout en Communauté Française Piège pour un Homme Seul, une comédie policière dans laquelle Bernard d’Oultremont interprète le curé Maximin.

À la Comédie Claude Volter : tu es responsable de la promotion, attaché de presse et chargé des relations publiques. Comment en es-tu arrivé là ?

J’ai toujours adoré les relations publiques. Je n’étais pas du tout voué à être comédien. Puis par hasard, pendant ma rhéto, j’étais au solfège à l’Académie de Woluwe-Saint-Pierre et il y avait une classe à côté où ça rigolait énormément. C’était la classe d’art dramatique de Michel de Warzée. J’y suis entré et j’ai décidé de faire ce métier-là. Il y a trois ans, Michel m’a proposé d’être attaché de presse pour un spectacle que je jouais à la Comédie Volter : Nous sommes vivants. Ça s’est très bien passé, alors il m’a demandé si je ne voulais pas faire ça pour le deuxième spectacle, puis pour le troisième...

La tournée des châteaux te permet de voyager beaucoup en Belgique.

J’ai fait le métier pour la rencontre, j’adore rencontrer les gens et je fais le métier uniquement pour ça. Si je dois rester toute ma vie dans le même théâtre, jouer avec le même metteur en scène, les mêmes comédiens, alors ce n’est pas intéressant : j’arrête le métier. J’adore être électron libre. C’est plus difficile, mais je touche du bois, j’ai toujours eu beaucoup de chance : j’ai quand même fêté ma cinquantième pièce. J’ai un bol incroyable, j’ai toujours travaillé comme un malade dans le théâtre.

Tu as fait tes premiers pas à la Comédie Claude Volter il y a un petit temps déjà, non ?

J’étais au Conservatoire et Claude Volter cherchait des figurants pour L’Alouette d’Anouilh en 1992. Je m’ennuyais comme un rat mort quand je ne faisais pas du théâtre. On avait plein de cours de littérature, mais j’avais déjà vu tout ça à Saint-Michel et donc je n’allais jamais aux cours. Michel de Warzée m’envoyait donc partout pour faire de la figuration. Par contre, j’adorais les cours d’art dramatique de Michel. C’est le professeur qui m’a donné toute la technique. On est passé du romantique au classique en passant par l’absurde et le contemporain. On a fait tous les styles de théâtre en trois ans avec la technique qu’il fallait. C’est un fou de technique et une fois qu’on l’avait acquise, il nous disait « amusez-vous ». Mais pour comprendre l’amusement, ça ne vient que plus tard. Avant de pouvoir s’amuser de A à Z dans un rôle, il faut du temps et avoir acquis la bonne technique. Un professeur comme ça, tout le monde le bénit : c’est lui qui nous a appris à nous amuser. À partir de ce moment-là, il n’y a rien à faire, on ne peut pas faire un autre métier que celui-là. D’ailleurs, c’est le seul métier où l’on joue ! Moi je n’ai jamais travaillé, j’ai toujours joué. Et en Belgique, le gros avantage qu’on a, c’est que comme il n’y a pas de star-système, on porte une pièce, on ne porte pas une vedette pour que ça dure longtemps. Ici, on doit porter le spectacle. C’est pourquoi le mot rôle a toute sa signification ici en Belgique. Même quand il y a un petit personnage, l’auteur l’a créé pour construire l’intrigue et notre rôle est de bien le jouer, c’est le rôle que l’auteur nous impose. Notre rôle, c’est de faire partie de cette pièce et de donner au personnage la couleur que l’auteur veut. Notre travail est de prendre le public pendant le premier quart d’heure, de l’amener mentalement sur le plateau et de le garder jusqu’à la fin. Dans ce spectacle-ci, on joue vraiment avec le public. Toute l’émotion, le rire qu’on peut donner, c’est chaque fois une grosse émotion qui veut être tellement sincère que le public est pris. Un comédien, à partir du moment où il est sincère, peut faire rire ou pleurer toute une salle. Même dans l’énormité, il faut rester sincère. Quand pendant deux heures, tu arrives comme ça à être en communion avec le public, c’est génial, tu as gagné ta soirée et tu fais la fête tout la nuit. Notre travail c’est de divertir ! Il ne faut pas oublier que ces personnes payent leur place pour cela. C’est quand même le public qui nous fait vivre. Pour ce spectacle-ci, on a 20.000 spectateurs sur toute la tournée des châteaux

Tu parles beaucoup du star-système parisien, c’est quelque chose que tu as vécu ?

Non, mais j’ai passé trois ans à Paris pour faire de la musique. J’ai rencontré beaucoup de comédiens et j’ai appris que, chez eux, ils ne jouent qu’une pièce par an, parce que la pièce risque de durer un an. Nous, on sait qu’on est en saison et qu’on a donc un mois de représentation et deux mois de répétition avant. Une fois qu’on a fini les répétitions de la première pièce et qu’on la joue, on commence les répétitions pour la suivante. On est donc très heureux d’être en Belgique, parce qu’on peut faire plusieurs rôles par an. Par contre ici, on n’est jamais sûr d’être appelé la saison suivante. C’est donc un métier complètement instable. Mais s’il devient stable, à mon avis, on va devenir fonctionnaire de théâtre et c’est foutu. Du coup on a toujours la petite flamme, on n’a pas envie de faire des erreurs : c’est ça qui me botte.

Tu as été à l’origine du Marché du Théâtre il y a quelques années, quelles étaient tes motivations ?

J’ai fondé ça avec Léonil McCormick et je suis resté à la tête de cette organisation pendant deux ans avant de partir à Paris. Au départ, on l’avait fait parce que nous trouvions que le public ne devait pas être obligé de choisir un abonnement. Il pouvait faire son marché avec son petit panier et se dire « cette pièce-là m’intéresse au Poche, celle-là m’intéresse au Parc »… C’était responsabiliser le public par rapport à son abonnement. Je me suis vraiment amusé les deux premières années. J’adore monter des trucs comme ça. Cette année-ci, nous avons monté l’Antigone de Sophocle. La Comédie Claude Volter a entièrement produit le spectacle, on a pris une troupe qui venait de Grèce et qui a joué la pièce en grec ancien (Prix de l’Unesco). On a fait une opération blanche, mais tout ce qu’on voulait c’était dire au public : on peut aussi vous présenter ça. Je suis sûr que si on ne pense qu’à faire du pognon, on ne sait plus comment s’adresser au public, aux sponsors et c’est raté d’avance. Il faut vraiment être braqué sur le public : il est loin d’être con !

Venons-en à l’actualité brûlante. Cet été, tu joues dans Piège pour un Homme Seul dans le cadre de la tournée des châteaux. C’est une première pour toi ? En fait, c’est ma deuxième participation. L’année passée, on avait joué Un Petit Jeu sans Conséquence de Jean Dell. Cette année-ci, on est six comédiens, [1] toujours mis en scène par Bernard Lefrancq. Quand on part en tournée, il faut qu’on soit une équipe très soudée. On fait quand même une quarantaine de dates dans des lieux différents à chaque fois. On part vers 16-17h de Bruxelles, à 18h on est sur le plateau et on répète avec les nouvelles entrées et sorties, puisque chaque soir on se retrouve devant la façade d’un nouveau château, donc on n’a plus de repère. Les voix doivent être adaptées en fonction du lieu, parce qu’il y a de grandes différences : par exemple si on se trouve dans une cour fermée, ce n’est pas du tout pareil que lorsqu’on a un champ derrière soi… Là il faut quasiment hurler pour que la voix passe. Ce sont des choses qu’il faut pouvoir gérer. Voilà pourquoi on arrive à 18h, on fait un raccord pendant une heure, on mange et à 21 h on joue. Bernard Lefrancq a cette intelligence de trouver des équipes qui fonctionnent bien entre elles. Ça fait depuis le mois de mai que l’on répète et on s’adore ; on ne se quitte plus et ça se passe super bien. Il ne faut pas oublier "la technique" qui est extraordinaire. À 14h, ils arrivent avec leur camion et ils montent tout pour qu’à 18h précises ils soient présents pour faire les raccords. Ils triment comme des fous et nous, on arrive peinards : tout est monté, les décors, les costumes sont prêts, nos loges sont installées : on arrive comme des pachas, on fait les raccords, on va manger, on joue, on récolte tous les applaudissements et eux ils démontent tout parce que le lendemain ils doivent être ailleurs. C’est vraiment un travail énorme et ces trois personnes à la technique font vraiment partie du groupe. Il faut aussi savoir que le directeur des Galeries, David Michels, conduit le minibus : il est là tous les jours. On est super soutenus. Si la tournée des châteaux se passe aussi bien, c’est parce qu’il y a un directeur qui est là, une équipe technique du tonnerre et un metteur en scène qui sait exactement ce qu’il faut faire pour amuser le public des châteaux.

Que se passe-t-il en cas d’intempérie ?

De temps en temps on a des solutions de repli : soit dans les greniers, soit dans un centre culturel par exemple. Mais s’il pleut et qu’il n’y a pas de solution de repli, alors on reporte ou on ne joue pas là-bas. Ça ne s’est pas encore passé cette année, mais l’année passée on a eu le coup à Namur et on a joué deux fois le lendemain.

Tu pourrais nous donner ta version du pitch de la pièce ?

Daniel Corman, un homme d’une quarantaine d’années, vient de se marier avec une jeune fille qui s’appelle Elisabeth. Il décide de passer sa nuit de noces dans un chalet savoyard. Au bout de deux jours, à cause de quelques disputes, la jeune mariée décide de partir et il se retrouve tout seul dans son chalet. Il attend dix jours avant de prévenir le commissariat de police. Au bout de dix jours, le commissaire arrive et commence son enquête qui piétine totalement jusqu’au moment où un curé dit qu’il vient de confesser la femme de Corman et qu’elle est de retour. Mais quand il voit la femme, il pense que ce n’est pas la sienne. Petit à petit, on se demande si c’est lui qui est amnésique ou si c’est un coup monté. Il y a donc un interrogatoire qui se fait entre le commissaire, Daniel Corman et sa femme, le curé, une infirmière et un vieux clochard. L’infirmière reconnaît les deux mariés et le clochard a été témoin de leur mariage mais ne reconnaît pas madame Corman. Donc on ne sait plus très bien qui dit la vérité : grande intrigue.

Marc De Roy y tient le rôle principal du début à la fin avec une énergie incroyable, c’est un vrai moteur. Le commissaire, joué par David Leclercq, fait un travail de précision incroyable. Cloé Xhauflaire est une femme très élégante et une comédienne magnifique. Puis tu as des comédiens comme Cécile Florin (l’infirmière) qui débarque à la deuxième partie et qui relance toute la pièce. Elle remet le doute. La pièce dure quand même 1h50 sans entracte et elle arrive au bon moment. Bernard Lefrancq joue aussi le clochard. En fait, c’est une comédie policière. Il y a donc certains personnages qui relèvent de la comédie et Bernard a ce rôle et ce talent de pouvoir faire rire le public. Mon rôle de curé est très particulier. C’est magnifiquement écrit et c’est rare que quelqu’un du public se dise à la fin : « je savais ». On est une équipe de six comédiens, on loge parfois ensemble, on mange ensemble, on vit ensemble de 17h à 2h du matin. On est très soudé et, sur le plateau, quand on sent que quelqu’un part dans une direction, on le suit. On est tout le temps dans l’énergie avec l’autre. quoi qu’il se passe, on se récupère d’une façon ou d’une autre.

Incarner un homme d’Église pour quelqu’un qui a étudié à Saint-Michel, ça aide ?

C’est la première fois que je fais ça, et c’est vrai que je suis très « jésuite » dans le rôle. Je n’avais jamais fait de curé, j’ai eu la chance de faire beaucoup de jeunes premiers à mes débuts, puis j’ai fait tous les zinzins, les débloqués, etc. mais faire un curé, c’est très différent et j’adore. À partir du moment où je trouve mon personnage, je suis comme un gamin et je m’amuse. On teste un peu le public au départ pour voir où il veut qu’on aille et puis on fonce.. Notre travail, c’est de l’observation et de l’imitation. On est obligé : on observe beaucoup les gens dans la rue. Parfois les gens disent que tu exagères, mais si tu mettais certaines personnes de la rue sur un plateau, ce serait exactement ça. À partir du moment où on est très sincère dans notre jeu, tout passe. Et là c’est énorme, très jésuite ! Je travaille beaucoup sur le personnage avant tout. Je suis un gamin, un grand enfant de quarante ans. Chez moi devant la glace j’essaye des choses, je m’amuse comme un fou et le texte vient après. Je dois m’amuser dans toutes les répliques. S’il y en a une que je ne sais pas dire, c’est que je ne m’amuse pas dedans. Je veux donc que tous les mots qui sortent viennent de la bouche de ce personnage-là.

Des projets pour la saison prochaine ?

On termine d’abord la tournée des châteaux en septembre, ensuite il y a Merci Messieurs les Artistes, une pièce géniale basée sur le théâtre absurde belge et écrite par Olivier Charlet avec qui je joue souvent. On est à deux sur le plateau en train de préparer une conférence sur l’art, mais on n’y connaît rien. On mène tout le public en bateau avec des conneries, c’est vraiment absurde. C’est un spectacle que j’adore jouer, on l’a fait quelques fois pour la vente et c’est la Comédie Claude Volter qui l’a acheté. Je joue aussi aux Galeries dans La Visite de la Vieille Dame. Je vais également être en tournage à Athènes sur Hippolyte dans Phèdre. Tout est joué en grec sauf Hippolyte pour avoir la couleur de la langue française. C’est très intéressant comme travail. Ensuite je remonte une pièce avec Olivier Charlet. On n’a pas encore de titre, mais c’est presque acheté pour mai. Ça fait déjà pas mal de choses ! J’ai également deux mises en scène avec de jeunes comédiens, mais ce n’est pas encore certain. Je trouve ça important de travailler avec des jeunes qui sortent du Conservatoire. J’essaye de trouver du temps pour donner ce que je peux, j’aime bien ça. Puis ça m’empêche d’être complètement largué ou ringard : j’apprends beaucoup avec eux.

Tu seras bientôt en tournage en Grèce, le cinéma t’attire-t-il ?

La caméra, je n’aime pas, ça ne m’intéresse pas. Ce que j’adore en tournage, c’est faire rire les perchistes et les cameramen, alors ... J’aime mieux avoir le public devant moi et être en danger. Recommencer quinze fois la même scène, ça m’ennuie. Tu passes ton temps à attendre alors que j’ai toujours besoin d’être en action. J’adore les comédiens qui le font, j’adore aller au cinéma, mais ce n’est pas fait pour moi. Si j’ai accepté le tournage à Athènes, c’est parce que c’est très particulier. Autrement, je n’ai plus tourné depuis sept ou huit ans.

Merci beaucoup pour cette interview. La tournée des châteaux, c’est partout en Communauté Française et même à Moustier-sur-Sambre. Une comédie policière dans mon village natal, je ne la raterai pas !

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Et pour savoir où et quand vous pourrez vous aussi voir ce spectacle près de chez vous, consultez le calendrier ici

Interview réalisée par Sarah Heinderyckx le 29 juillet 2009. Crédit pour les photos de la pièce : Fabrice Gardin

[1] Marc De Roy, Bernard d’Oultremont, Cécile Florin, David Leclercq, Bernard Lefrancq, Cloé Xhauflaire

 

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