Bernard Cogniaux

Avec des reprises de la saison écoulée, te revoici doublement dans l’actualité au cours des Festivals d‘été. Une première fois à Spa avec les Histoires Comme Ça [1] et ensuite au Karreveld (Festival Bruxellons) avec L’Éthique du Lombric [2].

Oui, L’Éthique du Lombric que je joue avec Marie-Paule Kumps a été créé au Théâtre Le Public en janvier dernier. C’est vrai que cela a été un gros succès, et pour nous cela a été une surprise. Car si, bien sûr, on espérait rencontrer un public, on ne savait pas que cela démarrerait aussi vite et aussi bien. Ce spectacle est bâti autour de plusieurs petites histoires. Nous sommes partis de recueils de nouvelles d’un auteur italien contemporain : Stefano Benni. Il doit avoir une soixantaine d’années et donc il écrit encore. Il est tout à fait actif et très anti Berlusconi comme beaucoup d’artistes, ce qui, je crois, le motive dans son écriture. L’un de ces recueils date des années 90 et l’autre est assez récent. Nous avons gardé les histoires à peu près telles quelles et nous n’avons pas fait de travail pour les théâtraliser. Et majoritairement, nous avons pris des histoires qui se racontent à la 3e personne. Pas de récits personnels, mais de vraies histoires : pas il était une fois… mais plutôt Machin dit ceci et Chose lui répond cela. Il y en a une qui est plus dialoguée, mais elle apparaît comme cela dans le bouquin, donc on l’a gardée ainsi. On raconte… les gens adorent se faire raconter des histoires…

Et vous racontez ensemble ?

Oui, en général. Il n’y a que quelques histoires qui sont prises en charge par l’un de nous, mais dans l’ensemble c’est à 2 voix. On se passe la parole. On connaît tous les deux l’histoire et on la raconte chacun de notre manière, de notre point de vue peut-être, et on joue le jeu de : on connaît une histoire et on vous la raconte à deux, comme si on l’avait vécue.

À quoi attribuer le succès de ce spectacle ?

Je crois que le fait de raconter des histoires est un truc qui reste très plaisant pour tout le monde… Et puis, ces histoires ne sont pas bêtes. Elles sont drôles mais intelligentes. Elles sont féroces, elles dénoncent des faits de société, elles sont à la fois un peu acides, mais elles restent très accessibles. Elles ont le charme des histoires, mais en fait ce sont des fables. Souvent avec une morale, même si la morale est détournée, même si elle est immorale.

Est-ce cela qui t’a donné l’idée de reprendre les Histoires Comme Ça ?

Non, c’est un concours de circonstances. Pour Histoires Comme Ça, un spectacle que j’affectionne particulièrement, le projet de reprise était resté dans les cartons… jusqu’à ce qu’une nouvelle opportunité se présente. J’ai créé ça il y a 27 ans ! Mais je l’ai joué pendant plusieurs saisons. La dernière fois, c’était en 88, ça fait quand même 23 ans !

Et tu jouais au piano…

Oui et je joue toujours au piano avec beaucoup de plaisir. Je m’y suis remis sérieusement… Daniel Scahaise nous avait proposé à Marie-Paule et moi de faire quelque chose dans sa petite salle au Théâtre des Martyrs et pour nous il fallait que ce soit léger, il ne fallait pas qu’on ne soit pas trop nombreux, parce que sinon on ne gagne pas d’argent, c’est une production sans argent, donc il fallait que ce soit quelque chose de rentable, par exemple qu’on ne soit qu’à nous deux, parce que faire un travail de création dans ces conditions là, ça devient difficile à notre âge, et Marie-Paule n’était pas libre. J’ai proposé les Histoires Comme Ça, et Daniel qui aime beaucoup Kipling a été partant pour ce projet-là. Alors on a remis cela sur le métier et je dois dire que je m’amuse comme un fou.

Il y a une nouvelle mise en scène et je crois que c’est quand même différent.

J’ai retravaillé avec Marie-Paule qui a ajouté une nouvelle histoire. C’est en quelque sorte la 3e version du spectacle. Dans une première version, je l’avais créé au Grand Parquet, une salle qui a disparu depuis et qui est devenue le Bouche à Oreille pour un public plutôt cher et chic, alors que c’était plutôt une salle paroissiale. Puis cela a été repris au Rideau de Bruxelles pour une 2e version. Là j’avais déjà rallongé le spectacle avec une histoire supplémentaire et on a dû construire un décor, car à l’origine il n’y en avait pas – je jouais dans le lieu tel quel – mais ce n’était plus possible. Et pour cette version-ci, j’ai changé une des histoires et on a fait un nouveau décor. Je suis différent, je n’ai plus 25 ans, donc je raconte certainement différemment. Les choses ont évolué, mais le principe reste le même.

C’est un décor que tu peux transporter aisément ?

Le gros du décor et les accessoires entrent dans une grosse voiture, mais comme il me faut un piano, ça ne tourne pas si facilement que ça. Je ne sais pas très bien à quel public s’adresse ce spectacle. Moi j’aime beaucoup ces histoires, mais aux créations, il n’y avait pas tellement d’enfants qui étaient venus… Ce sont des histoires pour enfants, mais qui plaisent énormément aux adultes car il y a beaucoup d’humour, beaucoup de second degrés et de fantaisie, et ça c’est pour tous les âges …

À Spa, c’est programmé à 18 heures 30

Oui, justement aux Martyrs, il y a eu des enfants et ça a très bien marché. J’ai joué souvent en matinée et les 3 générations étaient dans la salle : les parents, les grands-parents et les enfants. C’était très plaisant et à partir de 6-7 ans, ça fonctionne très bien pour les enfants.

Quelle est ton histoire préférée ?

C’est difficile à dire… L’enfant d’éléphant est très savoureuse, mais j’aime beaucoup aussi celle que j’ai rajoutée sur proposition de Marie-Paule : La Première Lettre. C’est une très chouette histoire – c’est aussi une histoire avec des humains, c’est la seule qui ne met pas en scène des animaux. Ce sont des préhistoriques qui veulent envoyer des messages, mais l’écriture n’existant pas il s’en suit une confusion sur les messages. Je l’aime bien parce qu’elle est neuve… Et puis j’aime aussi beaucoup La Baleine et son Gosier, une histoire assez courte que j’ai travaillée au Conservatoire et dite en public, donc il y a très longtemps – au début des années 80 – bien avant que ne naisse le spectacle.

Tu as aussi fait des études de droit en même temps que le Conservatoire. Comment fait-on ?

J’ai fait 2 ans de droit et en tout cas à l’époque c’était possible. Par exemple, Pietro Pizzuti qui était de ma génération, terminait l’histoire de l’art à l’université, et la chose n’était pas exceptionnelle, car il y avait moins de cours tant au Conservatoire qu’à l’université. Les horaires étaient beaucoup plus légers. Pour ma 2e année de droit, j’ai tout présenté en septembre. Je n’ai pratiquement assisté qu’aux séminaires et en étudiant sérieusement, 2 mois suffisaient pour ingurgiter la matière…

Après ces 2 années, tu as choisi…

Oui, j’ai commencé le droit parce que je n’étais pas très sûr de mon orientation professionnelle… Est-ce que cela allait marcher, le théâtre ? J’avais quand même raté un examen d’entrée à l’INSAS et je n’étais pas très sûr de moi… mais après 2 ans au Conservatoire, j’ai commencé à recevoir des propositions professionnelles, parce que souvent à cette époque on pouvait déjà jouer un peu à gauche et à droite… Et puis surtout, c’est ça que je voulais faire. Le droit n’était qu’une roue de secours pour le cas où cela n’aurait pas marché au Conservatoire. En plus, à partir de la 1ere licence, le programme devenait très lourd. Voilà, je suis très content d’avoir fait ces 2 années de candidature.

Lorsque vous travaillez de concert, Marie-Paule et toi, comment procédez-vous ?

C’est variable. Il y a des cas de figure où on est engagés tous les deux comme comédiens dans une production, et deux comédiens qui se connaissent bien ! Un autre cas de figure c’est quand on est à l’origine d’un projet commun, mais alors, comme par exemple pour L’Éthique du Lombric, nous avons demandé à Sylvie de Braekeleer de nous mettre en scène, parce qu’il est très difficile de se passer d’un œil extérieur. On se cherche un collaborateur avec lequel on aura une connivence et une belle complicité. Il y aussi les cas où l’un met l’autre en scène. Ça arrive dans un sens comme dans l’autre : Marie-Paule me dirigeait dans Saison One, dans Histoires Comme Ça, alors que moi je l’ai mise en scène par exemple dans Étape au Motel et que la saison prochaine ce sera encore le cas dans Qui est Monsieur Schmitt ?

Elle jouait aussi dans cette "série" : Saison One

Oui, dans un seul épisode, mais alors c’est Nathalie Uffner qui était l’œil extérieur.

Des projets de reprise pour cette expérience hors normes ?

Ça reste dans les cartons et on aimerait bien le reprendre parce que ça avait très bien marché, mais autant une série peut bien marcher à la télévision – une fois que c’est tourné on n’a plus qu’à le programmer autant de fois qu’on veut – au théâtre, ce n’est pas pareil. En tout cas, si on la reprend ce sera dans une version plus courte.. Au total, ça fait 5 heures de spectacle, 10 comédiens et donc c’est très difficile, voire impossible à produire.

Et vous n’avez pas envie de le produire en télévision ?

La télévision n’a pas envie de le produire !

Vous n’avez pas envie d’écrire pour la télévision ?

La télévision n’a pas envie qu’on écrive pour elle ! Évidemment qu’on a eu des contacts, mais les projets qu’on a remis ne les intéressent pas. Je crois que la télévision a une attente assez précise et qu’elle est en même temps – entre guillemets – assez formatée. Par exemple pour Saison One, ils trouvaient que le milieu du théâtre est trop élitiste, pas assez populaire comme référence. Il est vrai que tout le monde ne va pas au théâtre… même s’il y a beaucoup de gens qui font du théâtre amateur… C’est leur point de vue, même si ce n’est pas ma conviction… D’un autre côté, la télévision belge produit très peu. Il y a des séries belges qui se relancent, mais c’est une série à la fois. Et il y a une nouvelle grosse série judiciaire qui va prendre tout leur argent…

Oui ils ont diffusé un épisode pilote.

Maintenant ils ont terminé une série complète qui débutera en septembre et ils vont faire une 2e saison.

Et vous jouez dans cette série ?

Moi j’ai eu 3-4 jours de tournage. Je pense que toute la profession a été engagée dans cette série-là parce qu’il y a beaucoup de rôles. Ça fait travailler beaucoup de gens. En cela, c’est plutôt positif.

Quels sont tes projets pour la prochaine saison ?

Pour l’instant je donne cours à Mons, et j’ai un projet de création à mener à bien avec mes étudiants. C’est une création collective que je coordonne. Au mois d’août il y a donc les Festivals à Spa et au Karreveld et au mois de septembre, on commencera les répétitions au Varia, pour une pièce de Woody Allen – Adultères – dans une mise en scène de Marcel Delval, qui sera jouée en octobre [3]. Et puis il y a une petite tournée de L’Éthique au mois de décembre [4]. Et puis je mets en scène aux Galeries une pièce de Sébastien Thiéry : Qui est Monsieur Schmitt ? programmée en février [5], avec Marie-Paule Kumps, Alain Leempoel, Thierry de Coster, Thierry Janssen et Terence Rion. En février-mars, je pars pour une petite tournée avec les Histoires comme Ça [6] .

Des souhaits ?

J’ai un souhait pour Miss Mouche, un film que nous avons écrit, Marie-Paule, moi et Bernard Halut [7] qui en est aussi le réalisateur (en savoir plus ? interview Bernard Halut ici ) Ce long métrage de 90’ est tourné, monté, bref il est en boîte. Il y a même une copie film qui existe, qui a fait plusieurs festivals… [8] on a un distributeur et mon souhait est que cela sorte au cinéma. C’est un film micro budget, mais qui a des qualités. J’aimerais bien qu’il sorte, pour que le projet aille jusqu’au bout du bout…

Et puis j’aimerais bien continuer à écrire. Il est vrai que pour l’instant, j’ai un petit plus que des envies, mais j’ai un certain nombre de projets et puis maintenant il faut voir lesquels se réaliseront et il faut surtout les mettre en place ! J’ai évidemment des ouvertures dans les théâtres et je sais déjà d’expérience que si je remets un projet il sera pris en compte, il sera lu, il sera examiné, mais ce n’est pas pour autant qu’il sera réalisé, parce qu’il y a beaucoup de projets et qu’il y a une question d’équilibre de saisons. Eh bien bonne continuation et je croise déjà les doigts pour Miss Mouche que j’ai hâte de voir sur nos écrans parce que l’histoire me paraît très intéressante. Je suis curieuse de voir ça ! Merci Bernard.

Interview : Nadine Pochez – 25 mai 2011

[1] Les 15 et 16 août à 18 h 30 dans le Salon Gris : Réservations : 0800 24140

[2] Les 22 et 26 août à 20 h 45 dans la Grange du Karreveld : Réservations 02 724 24 24

[3] Du 4 au 27 octobre 2011 au Théâtre Varia

[4] Du 30 novembre au 12 décembre à Ath, Auvelais, Huy et Charleroi

[5] Du 15 février au 11 mars 2012 au Théâtre des Galeries

[6] En février et mars 2012, à Anderlecht, Binche etc..

[7] Premier long métrage de Monsieur Bla-Bla à la RTBF

[8] Montréal, Santa Barbara …

 

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