Benoît Verhaert

L’étranger

Après La Chute, nous retrouvons une nouvelle fois le comédien Benoît Verhaert dans une adaptation d’un roman d’Albert Camus. Le Théâtre Varia accueillera ce nouveau projet du 4 au 9 février, avant que le spectacle ne tourne dans toute la Wallonie. Benoît Verhaert nous parle de son concept pour L’étranger, qu’il a voulu plus large encore qu’une « simple » pièce de théâtre.


Benoit Verhaert Comment est né le projet de L’étranger ?

Cette adaptation je l’ai coécrite avec un camarade de conservatoire, il y a un peu moins de 20 ans. On l’a créée pour trois acteurs, comme maintenant, et on est allé la jouer au XL Théâtre. Plus tard, nous l’avons joué dans un autre théâtre, dont le directeur s’est fait arrêté par la police. j’incarnais donc le rôle de Meursault qui se rend en prison pendant que le directeur allait vraiment à celle de Saint-Gilles (rires)… On s’est produit ensuite pendant un mois pour des « scolaires » et ça s’est arrêté là. On était encore débutants et on n’a pas pu tourner plus avec cette pièce. Je l’ai donc rangée au frigo avec un petit goût de trop peu même si c’était une belle aventure. Là-dessus j’ai adapté La Chute, que j’ai joué dans un bar, et puis j’ai aussi fait Caligula au Théâtre des Galeries. Je commençais à devenir accro à Albert Camus en fait (rires). J’ai ressorti La Chute il y a trois ans et j’ai pu beaucoup tourner avec. Cette-fois là, j’avais les contacts pour le faire. On l’a joué presque cent fois. Et là, il s’est passé quelque chose, il y a eu une grosse demande des scolaires, ce qui est peut-être logique pour Camus mais je ne l’avais pas prévu comme ça. Du coup j’ai commencé à aller faire des animations seul dans les classes. J’en ai fait plein et j’ai trouvé ça très intéressant. Je suis donc revenu vers L’étranger, que j’ai sorti de mon frigo, mais en proposant alors un concept plus élaboré pour les scolaires. Je ne voulais plus donner un cours à la place des profs mais qu’il y ait un échange et que ce soit ludique si possible. On va donc à chaque fois « refaire » le procès de Meursault dans la foulée de la pièce. Et pour préparer l’animation collective on va faire des animations préalables dans les écoles, mais cette fois-ci à trois, les trois comédiens de la pièce. En fait l’aspect animation est aussi important que l’aspect théâtre.

Benoit Verhaert, (c) Olivier Sebasoni Comment s’est passé le processus de transposition du roman de Camus en pièce ?

Je n’ai pas eu beaucoup de mal à mettre bout à bout les moments dialogués qui existent dans le livre et déjà là on avait un scénario jouable, même si j’ai rajouté évidemment des monologues par la suite. En fait on est partis du principe qu’il y a deux façons d’analyser ce bouquin. Soit c’est Meursault qui tient un journal au jour le jour et qui raconte ce qui vient de lui arriver. Ou bien on se place à la fin de l’histoire : Meursault est dans sa cellule, la nuit avant son exécution et il s’interroge, il se demande pourquoi il est là. Il retraverse alors toute son histoire, depuis l’enterrement de sa mère puisque c’est là que ça a commencé à dérailler vraisemblablement. Il convoque ses souvenirs qui apparaissent alors sur le plateau. C’est le point de vue que nous avons choisi pour l’adaptation et pour la mise en scène. De plus, c’est une adaptation assez courte donc forcément il y a des partis pris, il y a des choix mais j’ose dire que je suis resté très fidèle au livre. Je n’ai pas voulu réinventé Camus même si évidemment c’est un peu fait à ma façon.

Pourquoi revenir à Albert Camus ? Qu’a cet auteur de particulier pour vous ?

Camus ça a été un choc littéraire pour moi en fait. J’ai réussi à ne pas le lire pendant mes secondaires, je ne sais pas comment d’ailleurs, et je l’ai découvert sur le tard quand j’étais au conservatoire. J’ai lu L’étranger et j’ai été tout de suite ébranlé. J’étais alors un jeune comédien en devenir et j’ai eu tout de suite envie de faire quelque chose de cette émotion de lecteur. Depuis que j’ai ouvert ce livre, ça a été le coup de foudre. Je me sens directement interpellé par l’œuvre de cet homme et tout ce qu’il écrit me touche, bref je l’aime quoi (rires). J’ai vu je ne sais pas combien de documentaires sur lui, peut-être que je devrais consulter mon psy, peut être que c’est une obsession mais je plonge tout de suite dedans. Mais aussi parce que j’aime beaucoup l’idée de l’adapter. Je ne me dirige pas vers ses pièces mais vers ses romans parce qu’il y a là un exercice que j’apprécie et qui me permet de proposer, même très modestement, une certaine approche personnelle. Je suis avant tout comédien et donc même quand je mets en scène ou que j’adapte, j’interprète en fait, je suis un porte-parole de l’auteur.

La pièce est donc prolongée par un « projet pédagogique », avec le procès de Meursault refait avec les élèves… En quoi pensez-vous que le théâtre est un bon vecteur pour faire passer la littérature à un public néophyte ?

J’espère qu’il l’est en tout cas. Ce que je souhaite dans ce projet-ci c’est que la pièce ne soit pas une fin en soi mais qu’elle aboutisse à un échange, qu’elle provoque la discussion. C’est ça le but : que ça parle et que ça réfléchisse, que ça vive encore après. En tant que spectateur, quand je vais voir un film par exemple j’ai besoin d’en parler après avec d’autres qui l’ont vu, parce que ça m’a fait réagir, ça a agité quelque chose dans ma tête et qu’il reste des questions en suspens. C’est le fait de pouvoir se confronter aux sujets auxquels renvoie l’œuvre que je trouve passionnant. Et c’est là que le théâtre devient non seulement un art vivant mais aussi un art utile. Et je voudrais aussi parfois que mon métier soit utile.

Est-ce que ce côté « pédagogique » n’a pas été une contrainte au niveau de l’adaptation ? Une obligation de rendre le livre et donc la pièce « accessible », voire « explicative » ?

Pas du tout, parce que contrairement à La Chute je pense que L’étranger est directement accessible pour un jeune public. Attention d’ailleurs que la pièce n’est pas faite que pour eux mais bien pour n’importe quel public. L’étranger est une œuvre de jeunesse de Camus et le personnage de Meursault est aussi un jeune homme, il ne s’agit donc plus d’angoisses de quadragénaire mais bien de questionnements de jeune homme au porte de la vie. La seule contrainte était que je voulais que la pièce soit courte pour avoir le temps de faire une longue animation après. C’est un peu frustrant parce qu’il faut couper des choses dans un bouquin où tout est génial mais on a réussi à resserrer un peu par rapport à la version d’il y a vingt ans.

Vous avez déjà été acteur pour le théâtre, acteur pour le cinéma, metteur en scène, vous avez adapté des livres en pièces, vous avez même joué pour la radio… Une préférence ?

Avant tout, c’est le théâtre. C’est mon métier au quotidien. Le cinéma c’était quelque chose d’exceptionnel. J’en ferai encore si on me propose de belles choses et je ne dirai jamais non à l’idée de faire du cinéma évidemment. Quelque part tous les acteurs rêvent de faire ça et moi aussi je ne vais pas le nier. Cependant mon vrai métier reste le théâtre et réellement c’est ce que je préfère. Maintenant le plaisir d’acteur c’est aussi de toucher à tout. En ce qui concerne la radio j’en ai fait très peu mais j’adore ça et les dramatiques radios je trouve ça passionnant parce qu’on travaille énormément sur l’imagination du spectateur. Malheureusement il n’y a plus beaucoup d’espace de diffusion pour ce genre de choses mais ça me plairait de refaire quelque chose là dedans. J’essaie depuis un moment de monter un projet de court métrage aussi. Mais la base ce sera toujours le théâtre, c’est ma maison. Je pense que c’est le cas pour tous les comédiens d’ailleurs, c’est sur les planches qu’un acteur apprend son métier.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Ce qu’on fait avec L’étranger va déjà nous occuper une grosse partie de la saison et peut être même plus puisqu’on on a déjà l’idée de faire la reprise l’année prochaine. Je joue aussi un spectacle de Jazz qui s’appelle The White Party. On l’a monté il y a onze ans et depuis on le reprend de temps en temps dans différents endroits. J’ai également créé un petit spectacle qui s’appelle Claque et qui est un spectacle d’autodérision sur ma condition d’acteur. Je l’ai joué à La Samaritaine et je compte le reprendre là et ailleurs en fin de saison. Autre chose, je suis un fidèle de Philippe Blasband et on va bientôt créer à plusieurs un nouveau texte de lui. Mais sinon je voudrais créer un projet à long terme autour de ce que je suis en train de faire maintenant : ça s’appelle « Le Théatre de la Chute ». Je veux créer une structure de production de théâtre itinérant qui proposerait des adaptations de classiques de la grande littérature. Quelque chose de forme légère, qui tourne beaucoup et qui irait bien sûr à la rencontre des scolaires mais pas seulement. Et à côté de ça garder du temps pour faire plein d’autre choses bien sûr, je ne veux pas m’enfermer dans un seul projet.

Thomas Dechamps

 

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