Benoît Roland

Depuis 7 ans, l’Atelier 210 enrichit de sa touche multicolore et singulière le paysage culturel bruxellois. A la croisée de tous les arts scéniques et fort d’un public fidèle, ce théâtre se trouve pourtant (lui aussi) en danger d’extinction, faute de moyens. Le point avec Benoît Roland, son directeur.

Benoît RolandBenoît Roland, pouvez-vous nous résumer la genèse de l’Atelier 210 ? Nous avons créé l’Atelier 210 il y a près de sept ans, sans grande expérience dans le milieu du théâtre ou de la musique. Le projet ne part pas de la volonté d’un professionnel qui crée un lieu pour ses spectacles, mais d’un groupe de motivés qui souhaitait donner vie à un endroit pluridisciplinaire pour s’y faire croiser les genres et les publics. Nous voulions aussi donner une place à la création. Bien que d’aucuns disent qu’il y a beaucoup voire trop de théâtres à Bruxelles, on a vite constaté que ces théâtres fonctionnent en familles, en cercles fermés, et qu’il y a très peu de lieux voués à la création (et pas forcément la jeune création).

Aujourd’hui, on refuse à l’Atelier 210 des subventions dont il a besoin. Pourquoi ?

En 2005, quelques mois avant notre création, un moratoire a été adopté, proclamant que les nouveaux lieux ne seraient désormais plus subventionnés, pour éviter le saupoudrage. Cette décision s’inscrit dans une logique économique, mais elle condamne par défaut tous les lieux créés après cette date, ce qui est notre cas. A l’époque, on ne prétendait pas à un contrat programme, on s’était dit qu’on allait d’abord faire nos preuves. Là, nous préparons notre 7e saison, nous ne sommes plus un nouveau lieu, nous avons notre part de reconnaissance , et nous voudrions savoir si l’Atelier 210 est condamné à fermer ou si une solution est envisageable. L'Atelier 210 à Etterbeek

Comment se passent vos rapports avec le CAD ?

Le dialogue est constructif. Il faut noter que, via le réseau Plasma, nous recevons un petit budget pour la salle de concert ; on a reçu aussi certaines aides exceptionnelles et autres queues de budget. En 2010, cette aide a été plus faible, à cause de la crise. Mais on a reçu 60.000€ pour l’Atelier 210 en tant que structure d’accompagnement. Cependant, pour le théâtre, nous ne recevons rien, car nous sommes nés trop tard, et les autres aides sont insuffisantes pour faire fonctionner l’ensemble du projet durablement et de façon cohérente.

Vous recevez donc de l’aide en tant que salle de concert, en tant que structure d’accompagnement, mais pas en tant que théâtre, pour des raisons chronologiques. N’est-ce pas une politique un peu hypocrite ?

Non, simplement, ils respectent à la lettre leurs directives. On demande à présent un contrat programme de 200.000€ (auquel on pourrait prétendre), mais ce dossier n’a pas pu être analysé à cause de ce moratoire qui en fait n’existe pas vraiment car il n’y a pas de document, mais cela bloque notre dossier tout de même. Ce n’est pas la faute du CAD s’ils ne peuvent pas donner d’avis sur le dossier A 210, c’est la faute du moratoire.

Qu’attendez-vous aujourd’hui ?

On attend de pouvoir déposer un dossier qui puisse être analysé par le CAD. On espère obtenir un oui, mais que la réponse soit oui ou non, nous voulons avoir cette possibilité de pouvoir en discuter, et pas se retrouver devant un mur par défaut, ce qui n’est pas juste. On n’a pas voulu faire une conférence de presse dramatique, mais le risque est réel : si ça ne se débloque pas, on ne prétend pas être capable de continuer à faire du théâtre sans subventions. Nous avons voulu défendre le projet de l’Atelier 210 car nous pensons qu’il le mérite, au vu du public et des artistes qui nous suivent. C’est un lieu dynamique, jeune, qui attire un public dont la moitié a moins de trente ans, mais on se retrouve dans un état d’asphyxie qui va nous forcer à arrêter. On commence à avoir du mal à garder notre équipe, faute de moyens, nombre d’entre nous travaillent en tant que bénévoles depuis des années : à force, ça s’essouffle. Je sais que c’est la crise, mais je sais que l’argent est là et je pense qu’aider l’Atelier 210 à hauteur de 200.000€ par an pendant quatre ans, c’est une question de volonté politique, non de moyens.

Avez-vous l’impression qu’il y a un décalage entre là où va le public et là où va l’argent ?

Le public n’est qu’un facteur parmi tant d’autres ; à titre d’exemple, le rapport entre le taux de fréquentation de l’Océan Nord et les subventions qu’ils reçoivent est énorme, mais ces subventions sont méritées car leur programme tient la route. A côté de cela, il est vrai que d’autres cas posent question.

Si vos démarches échouent, vous prévoyez des actions de revendication comme l’ont fait vos confrères du Magic Land [1] ?

Je ne pense pas qu’on descendra dans la rue. On a fait une conférence de presse car on voulait que nos propos soient relayés pour donner à notre revendication un caractère officiel, mais on n’a pas prévu de faire un sit-in devant le ministère. Si l’Atelier 210 doit fermer, on l’annoncera suffisamment à l’avance, et on réunira un certain nombre de personnes autour de nous, mais dans une volonté plutôt symbolique et intellectuelle.

Au pire des cas, envisagez-vous la fermeture totale ou la sauvegarde des parties du projet encore viables, comme la salle de concert ?

Je ne sais pas, je préfère ne pas y penser. L’an prochain, c’est loin, plein de choses peuvent se passer, on a encore le temps de trouver des solutions. Par exemple, le Rideau, qui est en quête d’un lieu où exister, s’installe chez nous pour trois spectacles : c’est déjà un coup de pouce. Mais il est certain qu’il faudra trouver une issue, car je ne pense pas qu’on tiendra encore trois saisons sans aide aucune. A210

Cindya Izzarelli (Capitale Minuscule)

www.atelier210.be

[1] http://www.comedien.be/Patrick-Chaboud

 

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