Axel De Booseré (Cie Arsenic)

Après le défi de La Tour Vagabonde qui accueillait leur Macbeth, la compagnie Arsenic reprend la route de manière plus allégée avec la tournée du Faiseur de monstres. Rencontre avec Axel De Booseré, comédien et metteur en scène du spectacle mais surtout l’un des fondateurs d’Arsenic.

Comment s’est créée la compagnie Arsenic ?

Au départ, c’est parti de Claude Fafchamps et moi. Nous réfléchissions au développement de spectacles qui inverseraient une certaine tendance, à savoir que les pièces se jouaient relativement peu et souvent devant un public averti. Créer un spectacle est un investissement humain et financier important. Nous voulions donc qu’en regard de ce travail puisse se créer une rencontre avec le public qui soit importante et qui puisse se développer sur du long terme. On s’est dit qu’il fallait qu’on aille donc vraiment rencontrer ce public.

C’est pourquoi vous travaillez sous chapiteau ?

La proposition est venue de Maggy Jacot, scénographe et plasticienne, qui s’était jointe à nous. L’idée était plus que séduisante car le chapiteau permet de développer la même qualité artistique, qu’on soit dans une grande ville ou dans un village. De ne pas être limités par les différences de capacités techniques indéniables entre un théâtre bruxellois ou une salle de fête de village.

Ensuite, il était clair que ce chapiteau offrait également un accès plus large à la culture car il est assimilé à l’aspect festif, accessible à tous et faisant partie des références culturelles de tout le monde. Il est beaucoup plus facile pour une certaine partie de la population d’entrer sous un chapiteau que dans une salle prestigieuse de théâtre qui peut être impressionnante ou qui peut être perçue comme n’étant pas faite pour eux.

Le chapiteau permet cela, de travailler sur le côté festif et itinérant pour pouvoir offrir des spectacles de proximité ! Et les dix ans qui viennent de s’écouler ont confirmé que nos postulats de départ étaient judicieux. Qu’avec une attention portée sur les conditions de la représentations, il peut y avoir un vrai élargissement du public…

Et comment se passe la création au sein d’Arsenic, comment naissent les projets ?

Il y a toujours une réflexion collective pour savoir ce qu’on a envie de mener. C’est souvent en regard du projet précédent. Donc c’est d’abord un projet de compagnie, qui prend toujours en considération l’espace de représentation. Ensuite les rôles se répartissent. Je prends en charge une réflexion qui est de savoir comment artistiquement on peut répondre à ce projet culturel et puis à partir des propositions que je fais, les discussions commencent, la recherche s’affine et à un moment donné, les évidences se mettent en place.

Et pour ce spectacle-ci ?

On sortait de Macbeth dans une tour en bois de 40 tonnes, ce qui demandait donc une certaine organisation et représentait un véritable défi à chaque fois qu’on bougeait. Après ça, on a ressenti la nécessité de revenir à un outil beaucoup plus mobile qui permette de reprendre les démarches qu’on avait entrepris dans les villages, en dehors des sentiers battus. On a donc commencé le travail sur ce Faiseur de monstres qui nous semblait répondre à tout cela.

Un outil plus mobile ?

En fonction de cette volonté de revenir à théâtre de proximité comme on avait pu le faire avec Dérapages, on a eu l’idée d’un camion dont les pans latéraux s’ouvrent avec un décor à l’extérieur et le public sur des bancs devant ce camion ouvert. Mais avec un décor soigné, des éclairages, etc. En bref, des conditions techniques et artistiques qui valent celles d’une « vraie » salle de spectacles… mais prête en deux heures de temps et pouvant accueillir près de 200 personnes.

Et de quoi sera-t-il question ?

C’est un spectacle tiré du répertoire du Théâtre de Grand Guignol, théâtre d’épouvante de l’entre-deux guerres, répertoire quelque peu oublié aujourd’hui mais qui faisait fureur à l’époque. On peut le rapprocher aujourd’hui des grands thrillers psychologiques. Le but pour les gens est le même : se faire peur. C’est d’ailleurs un répertoire qui continue à fonctionner aujourd’hui même si avec le décalage du temps, il y a un certain second degré qui s’ajoute.

Le Grand Guignol propose un jeu très codé… comment est-il reçu par le public d’aujourd’hui ?

C’est un jeu très exagéré. On est dans l’immédiateté et non dans un jeu cérébral. C’est de l’amusement ou de l’effroi. On a travaillé sur la référence du cinéma expressionniste allemand de la même époque. C’est un type de jeu très expressif dans les mouvements et les attitudes. C’est très dessiné et stylisé au niveau corporel. C’est difficile de savoir comment le public appréhende cela. Je pense qu’ils sont surtout pris par la narration et par le suspense. Mais on a parfois quelques commentaires, un amusement par rapport à ce côté « vieux film » voire « film muet ». Ça suscite quelque chose, ça éveille les imaginaires…

Ce Faiseur de monstres est une re-création…

Oui, il faisait partie du premier spectacle d’Arsenic, Une soirée sans histoires, qui a tourné une centaine de fois. C’est le spectacle qui nous a lancés et à l’intérieur duquel il y avait ce Faiseur de monstres, une pièce très construite qui avait eu beaucoup de succès et qu’on avait envie de montrer à plus de gens encore. L’autre avantage c’est qu’on peut la travailler en interne. C’est le premier spectacle véritablement « à notre répertoire »…

Qu’entendez-vous par là ?

Si on a envie de le jouer, qu’on trouve intéressant pour nous et pour le public de le remonter, on peut le faire sans trop de contraintes. Pour l’interprétation, il s’agit de Claude Fafchamps et moi, Mireille Bailly qui est avec nous depuis presque le tout début et Virginie Ransart qui est avec nous depuis le début et qui pour cette tournée joue en alternance avec Marie Normand. C’est une distribution presque familiale. Quant au camion, il est à nous ; il suffit de l’amener quelque part et d’ouvrir les portes. C’est un spectacle qui s’équilibre rapidement niveau économique donc on ne doit pas se lancer dans de grands calculs. Ni se demander si les acteurs sont libres, où et comment on va monter le chapiteau, etc. On peut se dire « Tiens, il y a un trou en mai, on a envie de le jouer » et hop on le joue !

Votre nouveau chapiteau pourra accueillir 560 spectateurs, plus de deux fois la jauge du chapiteau actuel. C’est un nouveau défi que vous vous êtes lancé ?

On a toujours joué dans un chapiteau de 250 places, puis dans la Tour vagabonde qui en accueillait autant. On a commencé à se retrouver face à deux constats. D’une part, on ne pouvait plus répondre à la demande du public. Pour Macbeth ça a été flagrant : les représentations ont été très vite complètes et c’était très frustrant de savoir qu’il y avait une demande du public à laquelle on ne savait pas répondre structurellement. De l’autre, on ressentait un besoin, une intuition artistique : développer un espace de scène plus ouvert où les comédiens - souvent nombreux dans nos créations – puissent se développer. Un nouvel espace qui offre la possibilité d’explorer une autre forme artistique, une autre forme de narration…

Passer à une jauge deux fois plus grande, cela implique-t-il un rapport complètement nouveau au spectateur ?

On a vraiment pu réfléchir à ce que serait cet « objet chapiteau » car il a été créé pour nous. Il s’inspire du cirque mais est inventé sur mesure pour Arsenic. On a donc pu y inscrire notre volonté de garder un rapport fort au spectateur, une proximité malgré le fait qu’on passe à 560 places, avec par exemple un gradin qui s’avance pour entourer le début de la scène…

Il accueillera la nouvelle création, Le Géant de Kaillass ; pouvez-vous déjà nous en dévoiler quelques éléments ?

Il s’agit d’une pièce contemporaine écrite en 2004 par un auteur autrichien, Peter Turrini, qui raconte l’histoire à la fin du 19e siècle d’un jeune homme qui avait pour particularité de mesurer 2m58. Il dépeint sa vie en une série de tableaux qui vont composer la pièce. À travers ce récit, il propose une réflexion sur le monde de l’apparence. Comment les processus de bouc émissaire se mettent en place et comment ils peuvent parfois se retourner et devenir positifs. Comment on peut passer du dénigrement à l’adulation, comment on peut devenir une coqueluche, une star … au final, via un processus similaire de mise en dehors de la société.

Artistiquement, c’est une pièce qui répondait à notre envie d’exploration car elle offre une vingtaine de tableaux dans lesquels on peut rentrer avec tout notre univers et notre fantaisie. C’est une pièce musicale et on retrouve tout le travail visuel important qui nous plait… Dans tous nos spectacles on a l’idée de présenter des micro-univers, de plonger le spectateur dans des atmosphères très visuelles, sonores et narratives. Ici, avec ce texte et cette configuration scénique, on peut continuer à exploiter ça !

Le Faiseur de monstres est à découvrir :
-  Jusqu’au 20 mai à Wolubilis
-  Le 22 mai au Centre culturel de Sivry
-  Le 23 mai au Centre culturel de Boussu
-  Le 29 mai au Centre culturel de Comines

Le Géant de Kaillass commencera sa tournée en septembre. Dates à découvri sur le site d’Arsenic.

Interview réalisée le 7 mai 2010 par Emmanuelle Lê Thanh.

Crédits photos :

Lou Hérion, sauf photos 3 (Macbeth) et 4 (Dérapages) : Véronique Vercheval.

 

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