AntojO

D’origine française, tu es venu en Belgique en 2005 pour faire tes études et tu ne l’as plus quittée ; pourquoi avoir choisi ce si petit pays quand on vient des contrées de Racine et Molière ?

La raison première de ma venue n’était pas mes études mais un tournage de trois semaines qui se déroulait à Bruxelles. Initialement, j’avais prévu d’arrêter avec les études (je sortais alors de ma 5e formation « professionnalisante » et me disait qu’il était quand même temps...) Mais avant de quitter Bruxelles j’ai décidé d’effectuer le stage de 3 semaines de l’INSAS qui permettait de rencontrer les autres candidats et d’y découvrir différents univers. Étant donné que j’ai été accepté au sein de l’école et qu’une pédagogie « multiple » s’ouvrait à moi, il n’était plus question de partir. J’y ai tissé un réseau de contacts que j’’apprécie énormément.

Diplômé de l’INSAS en 2009 avec une grande distinction, tu t’es autant illustré sur scène qu’à l’écran, surtout dans des projets étudiants. Peux-tu nous parler de cette balance entre scène et écran en tant qu’acteur ?

Pour moi, ces deux domaines sont très distincts. J’ai commencé le théâtre à sept ans, c’est donc un univers que j’ai beaucoup arpenté ; par contre je n’ai pas ou très peu eu de formation face caméra. J’ai pu remarquer en analysant mes propres expériences de tournage que les ressorts de n’y sont pas les mêmes que sur scène et je suis extrêmement curieux de ces différences qui peuvent parfois tant se nourrir l’une l’autre.

Depuis 2010, on a pu notamment te voir dans une pièce de Tchekov : « Les trois sœurs », mise en scène par Michel Dezoteux. Vous venez d’ailleurs de terminer la reprise à Liège au théâtre de la place. Peux-tu nous raconter comment vous vous êtes attaqué à ce monument ?

L’espace était défini et nous avions la liberté d’apporter toute la matière brute. Chacun y est allé de ses propositions, « chaussé » de son personnage ; au départ en improvisant. En ce qui me concerne, après une première proposition, Michel Dezoteux m’a suggéré une piste qui m’a tout de suite lancé pour la suite.

Vous ne preniez pas en charge la dramaturgie de la pièce ?

Oui et non. La dramaturgie a plusieurs personnes pour la défendre : les comédiens, le metteur en scène, le scénographe, etc. Le personnage quant à lui, a surtout son comédien. Je me pose évidemment les questions nécessaires mais si on hésite entre deux options, je prendrai toujours la défense de mon rôle, héhé..

Bientôt tu te prépareras pour la reprise en août de « L’écume des jours » de Boris Vian, mis en scène par Emmanuel Dekoninck. Autre auteur, autre registre ; comment as-tu abordé ce travail ?

Les demandes du metteur en scène étaient beaucoup plus précises ! L’ayant déjà joué, Emmanuel Dekoninck connait très bien l’œuvre ; après deux ans de préparation, il avait des demandes très spécifiques et c’était très sportif ! (rires) C’est quelque chose que j’aime assez : trouver ma liberté à l’intérieur d’un cadre très serré.

De manière générale, comment abordes-tu le travail d’acteur, que ce soit au cinéma ou sur scène ?

Chaque projet demande un type de travail différent. J’essaie de ne jamais aborder les choses de la même façon, de ne pas appliquer de méthode systématique, d’arriver neuf dans l’univers où l’on m’invite. Sans indications, je commence par mon personnage. Par me poser des questions sur son identité, lui construire une corporalité, une perception - quitte à changer ultérieurement – ensuite il y a l’histoire qu’on raconte : dans quoi il s’inscrit, sa fonction dans la narration globale. J’attache une importance particulière au monde invisible autour du personnage : ce qu’on ne voit pas mais qu’on sent là derrière lui, qui le pousse à avancer. En général à ce stade les indications sont arrivées.

Et qu’est-ce qui est important pour toi en tant que jeune comédien à l’aube de sa carrière pour tracer sa route et réussir sans y perdre son identité ?

Premièrement : Ne jamais jurer de rien ! Deuxièmement : Vivre une vie à côté.

Qu’attends-tu d’un projet quand tu te lances ?

Découvrir de nouveaux points de vue. J’en attends un voyage qui mène à une évolution de ma perception du monde, et me rende capable de voir les choses autrement.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Un travail sur « Le banquet » de Platon est prévu à l’Océan Nord avec Pauline d’Ollone, « Les misérables » de Victor Hugo mis en scène par Thierry Debroux au théâtre royal du Parc,« L’écume des jours » à Spa et plusieurs créations de camarades de ma génération comme Catherine Picalausa, Lucile Urbani ou Emilie Maréchal. En ce qui concerne la caméra, je continue mon exploration avec de jeunes réalisateurs comme Sébastien Somville ou encore mon grand complice Camille Meynard (« Mimesis », « Mozart au bûcher »…) avec qui je travaille beaucoup et pour longtemps !

Que penses-tu de la situation de l’artiste aujourd’hui ?

Je trouve que c’est une chouette place dans la société, sur la barrière du système, à la fois dehors et dedans, quoiqu’il y en ait aussi qui aient les deux pieds bien d’un côté ou de l’autre. C’est vague, tout dépend de qui on parle… En ce qui me concerne je me sens plus « artisan » qu’ « artiste ».

Robert BUI

Photographie : Cassandre Sturbois

 

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