Ana Rodriguez

Ana Rodriguez est une comédienne guidée par de nombreuses passions. En ce moment-même, elle effectue un Tour du Monde en 80 Jours aux côtés de Phileas Fogg. Elle a cependant pu nous consacrer un peu de son précieux temps pour nous conter ses aventures, plus étonnantes les unes que les autres...

Bonjour Ana, parle-nous de ton spectacle actuel « Le tour du monde en 80 jours » ?

Le tour du monde en 80 jours , c’est un spectacle mis en scène par Claude Enuset. C’est un texte qu’il a lu étant jeune, il était fasciné par ce roman, d’où l’idée de le mettre en scène. Il a fait lui-même l’adaptation du roman : une adaptation où on passe du statut de narrateur à celui de comédien et chanteur. Il y a donc aussi des parties chantées, les mélodies ont été composées par Gaston Henuzet. On est cinq comédiens, il y a quatre personnages principaux : Phileas Fogg, Passepartout, l’inspecteur Fix et la Princesse Aouda. L’invention de Claude est de mettre en scène un personnage imaginaire : une voyante, Madame Verna, qui va être la narratrice principale. C’est donc l’histoire de Phileas Fogg, un gentleman anglais qui a fait le pari avec ses collègues du Reform Club de faire le tour du globe en 80 jours.

Et toi, tu es donc la princesse ?

Oui… En fait chaque comédien interprète plusieurs rôles à côté de son rôle principal, sauf Phileas Fogg qui tient son rôle du début jusqu’à la fin Je fais donc aussi le consul, un des collègues du Reform club, le vendeur de l’éléphant… Tout ça est rendu possible grâce à un jeu très codé, avec des clins d’œil, à des formes théâtrales très narrées, très jouées, très sketchs parfois…

Un peu bande dessinée ?

Oui, parfois, avec des « vignettes » de personnages qui durent trois répliques, comme une image de BD, presque des caricatures. Parfois on utilise un masque pour représenter un personnage ou un petit train-jouet pour faire apparaître toute une gare, ou, simplement, le son d’un violon pour suggérer une tempête…

Ce roman de Jules Verne est plutôt destiné au jeune public...

Ici, en tous les cas, dès le début, Claude a privilégié un spectacle pour tout public. Dans son adaptation, il a surtout voulu éviter un ton éducatif ou didactique. Cela dit, évidemment on fera beaucoup de matinées scolaires parce que c’est un roman qui a un grand intérêt de la part des enseignants et des jeunes… Cela mis à part, même Jules Verne en son temps a regretté cette image « d’auteur pour mioches » qu’on lui a collée : l’Académie française l’a fortement ignoré. D’ailleurs Verne dira « Le grand regret de ma vie est que je n’ai jamais compté dans la littérature française » !!C’est étonnant de lire ça maintenant.

Par rapport à ton parcours de comédienne, que t’apporte ce projet ?

Ce que j’ai trouvé très intéressant dans ce projet c’est le travail de « choralité ». On doit être tout le temps à l’écoute les uns des autres. Lors des chants, il y a plusieurs voix : soprano, alto, ténor et basse et on doit être à l’unisson. C’est ce travail-là que Claude a voulu : un chœur à cinq pour raconter l’histoire du Tour du monde en 80 jours. J’ai trouvé très intéressant aussi ce travail d’esquisser un personnage sur trois répliques, de le dessiner ainsi en plusieurs traits. Au début du travail, Claude nous disait : « vous êtes comme des curseurs, et quand vous n’êtes pas curseurs comédiens, vous êtes curseurs lumière, ou curseurs changement de décor ». En fait, on a de petites lampes LED, et si à un certain moment on ne joue pas, on éclaire les autres comédiens, et donc on n’arrête pas une seule seconde pendant le spectacle. Notre petit pari à nous c’est que ça dure plus ou moins 80 minutes …

Les chants ont-ils été introduits pour alléger le texte littéraire ?

Même si c’est un texte littéraire, il est déjà très théâtral. L’introduction des chants est fluide et elle nous a aidé à trouver le rythme dans le spectacle, car dans ce voyage en 80 jours, il y a plein de rebondissements. Ils passent d’un pays à l’autre avec de petits contre –temps. C’est une course contre la montre et le temps lui est compté, donc c’est tout à fait une affaire de tempo. La musique permet aussi de situer le nouveau pays dans lequel on arrive, elle aide à décrire l’ambiance de chaque lieu (Suez, Shanghai, Yokohama, San Francisco, …). Claude a voulu mettre en scène également des tableaux… Pendant qu’une action principale se déroule à l’avant scène, derrière on joue un détail secondaire qui va rendre lisible l’action principale. On fonctionne par la superposition de plusieurs plans qui racontent l’histoire, comme au cinéma. Et cela également dans les enchaînements des scènes : une scène vient chasser la précédente

Tu m’avais parlé d’autres actualités, de quoi s’agit-il ?

Le 29 mars, on jouera au Botanique un spectacle qui s’appelle « HR60 ». C’est un texte qu’on a créé en décembre à Madrid au Círculo de Bellas Artes avec un metteur en scène espagnol, Guillermo Heras. « HR60 » vient de « Human Rights Sixty Anniversary », en l’honneur du 10 décembre dernier, date anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Nous avons crée un spectacle mêlant de la musique, du cirque et du théâtre. J’y joue une présentatrice qui vient dire des bouts d’articles, ceux-ci sont de temps en temps illustrés, mis en image par les circassiens. C’est un spectacle tout public, interdisciplinaire, créé par une compagnie qui s’appelle Perkustra, subventionnée par l’Espagne, mais dont la directrice de la compagnie , Ruth Prieto, vit en Belgique et fait un travail dans les deux pays. Je pense que c’est un beau spectacle avec une esthétique à la Fernand Léger, assez picturale.

Prochainement nous rejouerons « Le silence des mères » de Pietro Pizzuti. On a créé ce spectacle, il y a trois ans. J’étais assistante à la mise en scène de Christine Delmotte. Cela a été l’occasion d’une magnifique rencontre avec Suzy Falk, une immense comédienne… Pendant les répétitions, j’ai beaucoup travaillé avec Suzy, elle était en train de construire son personnage et apprendre son texte sous mes yeux, c’était très intéressant. Il y a un lien magique qui s’est créé entre nous… Lors de la générale, Pietro, l’auteur, est venu voir : moi, j’étais tout le temps là avec le texte pendant les répétitions pour souffler si besoin. On avait convenu que si Suzy avait un trou, je disais le mot à voix haute et elle continuait… Le petit trou est venu. J’ai lancé le mot… Et là, Pietro m’a dit : « tu vas t’appeler l’Ombre et tu vas être sur scène à côté de Suzy ». Une souffleuse à vue. C’est ainsi que j’ai suivi la troupe dans cette aventure : on est allé à Avignon et puis au Québec et cette année en Suisse. C’était vraiment une superbe expérience. Voilà, et après ces reprises, j’ai un spectacle en avril.

Lequel ?

Cela s’appelle « Part d’un ange ». C’est en fait un monologue que Céline De Bo a écrit pour moi. Céline De Bo était au Conservatoire avec moi et, un jour, elle m’a appelée et m’a dit : « écoute, Ana, je suis en train d’écrire un texte pour toi » J’étais très touchée. On va créer le spectacle fin avril à l’Arrière-Scène . Je serai Angelita, une femme un tout petit peu trop maniaque qui va s’atteler à la préparation de La Véritable Tarte aux Pommes. A travers ce pitch de la recette de cuisine, cette femme va se dévoiler un peu malgré elle au public avec humour et dérision... et avec une surprise à la fin.

Actuellement, je suis aussi en train de travailler sur mon mémoire au Centre d’Études Théâtrales. Après ma formation au Conservatoire, j’ai eu envie de continuer une formation plus théorique. Il ne me reste plus que mon mémoire à rendre. Je travaille sur l’oeurvre de Juan Mayorga, que j’ai eu la chance de rencontrer en septembre dernier à Madrid, c’est l’auteur notamment de la pièce qui a été jouée au Rideau.(« Hamelin »). Lors de son colloque en janvier, le Rideau m’a engagée en tant qu’interprète car il s’est exprimé en espagnol, c’était fabuleux. Il est originaire de Madrid. C’est quelqu’un d’extrêmement intelligent. Il est licencié en mathématique et docteur en philosophie, et il a commencé à écrire pour le théâtre, après. Cela fait un bon mélange car il y a tout le côté mathématique : des récits très bien construits et ficelés et aussi, de la pensée et de la réflexion philosophique. C’est tout à fait surprenant.

Ces études au CET sont souvent entreprises par des comédiens qui veulent faire de la mise en scène… alors ?

Oui, je pense que oui, dans un futur. C’est aussi pour ça que je fais quelques assistanats. D’ailleurs, en tant que comédienne, pour comprendre le travail d’acteur lui-même, c’est très enrichissant d’assister de près au travail d’un metteur en scène. Cela m’a aidé à comprendre beaucoup des choses.

Tu avais assisté Yves Claessens...

Oui, Yves Claessens pour la Trilogie de Belgrade. Cela a été aussi un travail intéressant parce qu’il fait travailler ses comédiens d’une façon très particulière, en allant chercher la sensation qu’ils ressentent au moment-même, tout à fait pulsionnelle, tout en maîtrise bien entendu. Donc ça crée un spectacle très instable et sur le fil qui se fait aussi avec le public chaque soir. On ne peut pas tricher. Il faut être vrai. Et d’ailleurs, puisque je parle de ça, parmi mes projets futurs, on a un projet pour 2010 2011 à la Balsamine. Nous avons fait, en octobre passé, une première étape de travail, Working Progress, là-bas. Nous sommes quatre comédiennes, c’est un texte qu’ Olivier Coyette a écrit pour nous. Le projet s’intitule "L’incendie de la ville de Florence". Nous sommes mis en scène par Hervé Guerrisi. Ce dernier nous a fait travailler un peu suivant cette même méthode d’Yves, dans l’ « ici et maintenant », dans le non jeu. Pour l’instant nous sommes à la recherche de co-producteurs donc…à bon entendeur…

Tu as plusieurs cordes à ton arc. Tu as le chant, la danse, le mime, les langues, n’en parlons pas… Comment en es-tu venue à apprendre tout ça en plus de ta formation de comédienne ?

Quand j’ai fait le Conservatoire, c’était encore l’ancien système. Ce n’est pas comme maintenant où ils ont beaucoup de cours de toutes sortes de disciplines. Nous, on a eu du chant, un peu de formation corporelle, de formation vocale... En parallèle, j’ai suivis une formation en danse contemporaine avec Ciro Carcatella. J’ai fait aussi plusieurs stages de chant, et pour le moment, je suis aux Ateliers de la Chanson avec Martine Kivits. Effectivement le fait de parler plusieurs langues m’a permis de faire plusieurs stages à l’étranger : à Madrid, à Paris et à Londres où j’ai fait du théâtre Nô avec un metteur en scène israélien, Ilan Reichels. J’ai essayé d’élargir mes expériences. Maintenant être juste comédienne, ce n’est pas assez. Je trouve cela plus intéressant d’avoir plusieurs facettes, et d’ailleurs j’aimerais beaucoup aller vers le théâtre-danse, travailler avec Ingrid von Wantoch Rekowski ou la Compagnie Mossoux-Bonté .

Ta langue maternelle est l’espagnol et tu maîtrises, en plus du français, l’anglais et l’allemand : qu’est-ce que cela fait de jouer dans une autre langue ?

Tu veux dire en français ? En fait, j’ai commencé à faire du théâtre à huit ans directement en français. Pour moi, jouer, c’était toujours en français. D’ailleurs, en Espagne, en décembre, c’était la première fois que je jouais en espagnol, je me demandais comment j’allais faire, je me disais qu’à force de répéter une phrase dans ma langue « naturelle » cela finirait pas sonner faux à mon oreille et cela ferait peut-être « surjoué ». Finalement ça s’est très bien passé, ça été très instinctif. Quand je suis rentrée au Conservatoire, j’avais un peu d’accent, en tout cas beaucoup plus que mes léger dérapages d’intonation de maintenant. Le fait de prendre une autre langue, cela fait partie du fait même de jouer pour moi. Comme si, en plus de tous les traits de mon personnage, il parlait - pourquoi pas- le français. C’est comme une condition de plus. Maintenant la plupart du temps, je parle en français parce que je travaille en français et mes relations se passent « en français ». De temps en temps, je parle l’espagnol avec ma famille, mais c’est le français qui domine pour le moment. Dans ma tête, je pense en français, si je parle en français. Il y a encore parfois des petits ajustements de prononciation ou bien parfois, j’ai encore un mot qui m’échappe ou que j’invente en « l’espagnolisant ».

Tu as travaillé à plusieurs reprises avec les mêmes metteurs en scène : Claude Enuset, Christine Delmotte,… je suppose que le courant est bien passé. Qu’est-ce que ces rencontres t’ont apporté ?

Une fidélité à un metteur en scène… Ce sont des aventures humaines magnifiques. Quand quelque chose d’alchimique se passe, on continue et on a envie d’explorer encore plus loin. C’est ça que je trouve merveilleux dans ce métier. La fidélité et la collaboration dans le travail. Cela a été superbe avec Christine Delmotte que j’ai rencontrée au Conservatoire. Je sortais en juin, et en septembre elle m’a proposé de jouer pour elle dans « La damnation de Freud » avec des comédiens incroyables, et notamment Pietro Pizzuti dont j’étais une grande fan ! (et le suis toujours). Pareil pour Stephen Shank . En sortant de l’école j’ai travaillé avec lui, cela a été aussi une très belle rencontre C’est Eric Breton le Veel qui est venu me trouver en sortant de mon examen de fin d’année au Conservatoire. Il allait jouer Prospero dans la tempête http://www.theatredumeridien.be/ind... et il m’a dit que Stephen Shank cherchait quelqu’un pour jouer sa fille Miranda. Et voilà, j’ai passé une audition avec Stephen et on m’a prise.

D’autres projets ou rencontres t’ont-ils également marqués ?

Oui. Le spectacle « Sous le ciel » de René Bizac qu’on a joué en novembre – décembre derniers au Jacques Franck. C’est Flore Vanhulst qui était metteur en scène. C’était un projet très particulier parce qu’on a travaillé avec des classes de 7ème professionnelles de L’Institut Sainte-Marie à Saint Gilles, qui a construit les décors et les costumes pour nous. Cela a été aussi une très belle retrouvaille avec Flore, avec qui j’ai étudié au Conservatoire et que je découvrais en tant que metteur en scène ici. Il y a eu un grand travail sur le langage à partir de l’écriture de René Bizac. Flore est très souvent l’assistante pour la Cie Moussoux-Bonté ; elle a un langage esthétique très personnel et elle a inclus ici une petite séquence chorégraphiée, ce que j’ai beaucoup aimé faire. Cela a été un beau projet humain et artistique. Je tenais le rôle de Môme, un rôle que j’ai adoré jouer et auquel je me suis fort attachée. Le spectacle sera peut-être repris, c’est en attente…

Puisqu’on arrive à la fin, je voudrais te demander : qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour l’avenir ?

J’ai envie de découvrir encore plein de choses, de continuer à explorer et travailler dans le théâtre et aussi de toucher au cinéma, c’est quelque chose qui trotte dans ma tête depuis un petit temps. Et puis j’ai commencé à écrire également…

Aimerais-tu mettre en scène quelque chose que tu as écrit ?

Eventuellement, oui. Ce sera une façon de passer à la mise en scène. Mais j’ai vingt cinq ans, et j’ai encore envie d’acquérir plus d’expérience en tant que comédienne, avant de passer de l’autre côté : la direction d’acteur…

Je te remercie Ana. On te retrouve donc prochainement dans :

- Le Tour du monde en 80 jours,

Le 20 mars 2009 à 20h à Eghezée Centre culturel Renseignements : 081 51 06 36 - Le 27 mars 2009 à 20h à Assesse Renseignements : 083 / 66.85.78 - Le 18 avril 2009 à 20h30 à Ohey (Andenne) Complexe sportif Renseignements au 085/84 36 40 - Le 21 avril 2009 à 20h à La Louvière Centre culturel Renseignements : 064/21 51 21 - Le 30 avril 2009 à 20h30 à Floreffe Centre culturel Renseignements : 081/45 13 46 - Le 03 juillet 2009 à 20h à Fosses-la-Ville Centre culturel Renseignements : 071/71 46 24 – Le 04 juillet 2009 à 20h à Profondeville Maison de la culture Renseignements : 0475/20 58 04

- Le silènce des mères , le 24 mars à 20h30 au Centre Culturel de Huy

- "HR60" (en espagnol), le 29 mars à 17h et à 19h au Botanique, à La Rotonde

- Part d’un ange de Céline De Bo les 28 et 29 avril et les 1, 2, 3, 5, 6 et 7 mai à 20h30à l’Arriere-Scène

Photo du Logo : Danièle Pierre Visuel "Part d’un ange" : graphisme Flora Bernard "Sous le ciel" : Crédit Photo Marcel Vanhulst

Interview recueillie le 5 mars 2009 par Nathalie Lecocq

 

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