Alexandre Von Sivers

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Alexandre Von Sivers

Tout d’abord, l’artiste en quelques mots...

Alexandre von Sivers est né en 1943. Il commence à faire de la figuration (notamment à l’opéra national pour un spectacle de Maurice Béjart) tout en achevant ses études de droit. En 1970, il suit les cours de Claude Etienne et de Georges Genicot au conservatoire de Bruxelles.

Il a joué sur nos scènes dans Cyrano de Bergerac de Rostand, Caligula de Camus, Coriolan de Shakespeare, Le Balcon de Genet, Le Misanthrope et Don Juan de Molière, L’Enseigneur de Dopagne (pendant six saisons consécutives !) Récemment, on a pu le voir dans Les Combustibles de Nothomb, Fin de Partie de Beckett ( prix du meilleur comédien en 2000), Toréadors de Piemme… Au cinéma, il a travaillé sous la direction d’André Belvaux, Philippe de Broca, Marion Hansel, Robbe De Hert… Il a enseigné l’interprétation dramatqiue au conservatoire de Bruxelles. La voix d’Alexandre von Sivers n’est pas seulement celle d’un comédien, Mais aussi celle d’un militant puisqu’il est représentant syndical des interprètes à la Commission du spectacle et du cinéma ( CGSP)

Alexandre von Sivers, en quoi consiste la CGSP exactement ?

Il existe trois syndicats en Belgique : CSC, CGSLB et FGTB. Ces syndicats ne possèdent pas de personnalité juridique mais comprennent une commission paritaire ( employeurs et travailleurs) qui a pour mission de signer des conventions. Je fais partie de la FGTB. Ce syndicat est lui-même subdivisé en plusieurs autres syndicats dont la CGSP c’est-à-dire la centrale générale des services publics. Cette centrale s’occupe entre autres des arts du spectacle.

Même si le secteur théâtral n’appartient pas à l’Etat en Belgique ( c’est un établissement d’utilité publique), nous avons tout de même choisi de l’introduire au sein de la CGSP.

Pour information, en 2002, Alexandre von Sivers, suite à la décision du ministre Miller d’introduire un libre choix au niveau du statut de l’artiste, a soulevé le problème lié à cette décision dangereuse [1]

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Alexandre Von Sivers

Vos études de droit ont-elles enrichis votre métier de comédien ?

Pas vraiment…les cours de droits renferment énormément de problématiques très diverses. La problématique du chômage, problématique essentielle pour un comédien, est peu abordée. Un juriste qui n’a jamais exercé le métier de comédien ne serait pas vraiment apte, à mon avis, à prendre en charge cette problématique.

Les droits au chômage…notion très d’actualité depuis la réforme, cet été, de l’assurance chômage des comédiens français…A ce sujet, les comédiens belges ont reçu beaucoup de critiques par le fait qu’ils aient participé notamment aux spectacles « off » du festival d’Avignon, manque de solidarité a-t-on dit…qu’en pensez – vous ?

Les Belges ne pouvaient pas embrayer dans le mouvement comme l’ont fait les intermittents français parce qu’ils n’ont pas les mêmes enjeux pour le moment. Notre principal enjeu à nous, les belges est d’éclairer les contradictions liées au choix du statut. La loi de 2002 a deux ans pour être évaluée…nous devons concentrer nos efforts pour démontrer le flou juridique liée à cette loi. On ne peut pas comparer la France et la Belgique, ne pas jouer en off aurait été suicidaire pour les comédiens belges. Les Français, eux, n’avaient pas trop le choix…Il est faux de dire que les belges ont manqué de solidarité…leur solidarité s’est exprimée à travers un jour de grève symbolique, à travers certains discours en début de spectacle…

Cependant, il est certain qu’il y a beaucoup de choses à dire au niveau des droits au chômage en Belgique ! Il est important que le comédien cueille lui-même les informations à ce sujet…le site de la CGSP comporte d’ailleurs pas mal d’informations. [2]]

Le premier spectacle dans lequel vous apparaîtrez cette année sera « Preuve » de David Auburn mis en scène par Jonathan Fox [3]. Pouvez vous résumer ce spectacle à votre façon ?

Je dirais pour commencer qu’il s’agit d’une pièce que je qualifierais de tchekovienne dans le sens où, derrière les mots, se cachent des thèmes multiples : la transmission du génie et de la folie, le rapport père/ fille, la rivalité entre deux sœurs, la découverte de l’amour…A travers un sujet assez rébarbatif, c’est-à-dire, les mathématiques la pièce renferme beaucoup d’humanité. La pièce met d’ailleurs l’accent sur l’aspect poétique des mathématiques. Les mathématiciens apparaissent comme des gens passionnés.

Elle s’inspire de la vie de Jon Nash, un mathématicien qui est devenu schizophrène, et fait référence au film « un homme d’exception ». Ensuite, j’aimerais souligner la construction particulière de la pièce : elle commence de manière assez irréelle, assez déstabilisante ( rêve ? folie ?) pour revenir à la réalité. Cette réalité est parfois entrecoupée de flash back . [4]

Que pensez-vous de la relation comédien / metteur en scène ?

Le metteur en scène est indispensable. En effet, c’est lui qui est responsable de la signification. Même si l’émotion est un critère important au théâtre, l’introspection ne conduit pas toujours à la réussite. Le metteur en scène est là pour redresser le tir et pour réajuster les émotions que le comédien laisse transparaître. Mais le travail exige une collaboration. Le comédien n’est pas un exécutant. Personnellement, à partir du moment où le metteur en scène ordonne sans tenir compte de la manière dont je ressens un rôle, je me ferme.

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Alexandre Von Sivers

A propos de la relation metteur en scène/comédien, « le rapport entre le comédien et le metteur de scène » de Bergmann et les écrits de Kieslowski me semblent intéressants.

Vous avez joué au théâtre et au cinéma, quelle différence ressentez vous au niveau du jeu ?

Au cinéma, surtout aujourd’hui, on doit aller vite et on ne creuse pas vraiment comme on le ferait au théâtre. Le climat est plus réaliste et cela ne sert à rien de s’embarrasser d’indications comme on pourrait le faire lors de la préparation d’un spectacle. Je pense qu’on ne répète pas aussi sérieusement qu’au théâtre.

En tant que comédien, vous imposez – vous une discipline particulière ?

Le travail et la discipline ne sont pas forcément la garantie de la réussite comme cela pourrait l’être pour un musicien, un danseur, un sportif… C’est injuste mais c’est comme ça.

Un comédien qui a travaillé pendant des heures peut être plus mauvais qu’un comédien qui ne s’est pas imposé de discipline particulière. Il sera plus mauvais car il manque de charisme, de personnalité. C’est une question de qualités extérieures, que l’on a ou que l’on n’a pas.

Le mot de la fin…

Merde !! Tous les comédiens savent ce que ça veut dire !

Interview réalisée par Elodie Vreux Photographies de Spyro Valsamis

Actualité :

"Preuve" de David Auburn, Rideau de Bruxelles, jusqu’au 3 octobre, et puis en tournée jusqu’au 31 octobre ; "L’Audition" de Jerôme de Warzée, à La Clarancière, du 18 au 29 novembre ; "Les Fourberies de Scapin", au théâtre du Parc, du 15 janvier au 14 février ; "La Chute", de Camus (adaptation de Paul Anrieu), à l’XL-théâtre, en mars 2004 ; "Théâtre sans animaux", de Jean-Michel Ribes, Théâtre de Namur, du 18 janvier 2005 au 5 février, en mars à Bruxelles.

[1] ( voir les sites http://www.lafas.be et http://www.cgsp-culture.be )

[2] Pour en savoir plus [http://www.cgsp-culture.be->http://www.cgsp-culture.be

[3] ( Rideau de Bruxelles, du 16/9 au 3/10)

[4] Au cours du premier trimestre, A. von Sivers jouera également dans l’Audition de Jérome De Warzée, mis en scène par Michel de Warzée ( du 18 au 25/11 à la Clarencière à Bruxelles).

 

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