Alain Eloy

Portrait d’un chanteur qui nous enchante sur scène comme sur écran, ou comment Frank le Garçon Boucher (Alain Eloy) se retrouvera en novembre à LLN aux côtés d’Orson Welles (Armand Delcampe), et au printemps ... dans un Jardin de Fous.

Recevoir coup sur coup le Prix de la Critique comme meilleur comédien et un Premier Prix comme auteur/chanteur n’est pas banal. Avant tout l’un, ou plutôt l’autre ? Au départ, je viens du chant. On avait formé un petit groupe rock qui ne marchait pas trop mal, mais de là à pouvoir en vivre... Alors que faire ? Eh bien du théâtre, pardi ☺ ! J’ai fait l’INSAS et petit à petit j’ai abandonné le chant. Il y a 2 ½ ans, j’ai recommencé à écrire des chansons pour notre groupe OXYMORE qui nous a valu ce Premier Prix à la Biennale de la Chanson Française... Mais depuis, on s’est un peu pris le chou et force est de constater que l’aventure de ce groupe va s’arrêter là. Quant au Prix de la Critique, c’est un très beau cadeau de Michaël Delaunoy. [1] Il sait que comme Frank, je viens d’un milieu modeste, que – étant gosse – je devais me battre tous les jours et que j’ai longtemps gardé d’énormes complexes par rapport à la bourgeoisie.

Du 5 au 19 novembre l’Atelier Théâtre Jean Vilar propose Moi, Orson Welles et Don Quichotte. Après avoir joué les premiers rôles, te voici en preneur de son face à Armand Delcampe ... qui campe un imposant Orson Welles sur le retour. Ce rôle est-il un faire-valoir ? J’avoue avoir été gâté, j’ai eu de tellement beaux rôles ... En toute honnêteté, à la lecture de la pièce j’ai failli refuser... Cécile Van Snick m’a rassuré en me disant qu’on allait travailler la pièce différemment... J’avais le temps pour le faire et parce que j’aime les défis – pourquoi ne pas essayer ? – j’ai accepté ce second rôle. Je n’aime pas cette idée de faire-valoir : j’ai surtout voulu travailler à mettre Armand à l’aise dans son rôle, être à ses côtés, comme Mel l’a été avec Orson Welles. En définitive, cela a été une belle surprise : jamais je n’aurais imaginé qu’Armand et moi, ça puisse si bien fonctionner. Et c’est vrai que, au delà de ce qui se passe sur scène, j’ai une belle complicité avec lui.

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T’es-tu intéressé à Orson Welles et à son œuvre ? Assez peu, je l’avoue car sur ce sujet Armand est intarissable. D’abord il a une connaissance assez énorme, en tout cas pour tout ce qui touche au théâtre, voire au cinéma. Donc nul besoin de chercher dans une encyclopédie, j’en avais une, là, bien vivante et qui n’arrêtait pas. Quatre heures de répèt’ avec Armand c’est quelque chose, surtout. Mon investissement est celui d’un acteur, il est concret, il est sur le plateau. C’est facile d’être acteur. Tu dois essayer de comprendre les enjeux de la pièce et mettre en œuvre ce qui permettra aux spectateurs de comprendre ce qui est raconté au travers des mots... et si on a un metteur en scène intelligent, tout cela est porté par une certaine dramaturgie.

Est-il préférable de savoir qui est Orson Welles avant de voir la pièce ? C’est clair que le parcours de ce type est assez impressionnant et parmi les très jeunes beaucoup ignorent qu’il fut un acteur brillant mais aussi le génial réalisateur de films cultes comme Citizen Kane ou Othello. Donc si on ne voit qu’un Welles fragilisé en fin de vie, obligé à faire de minables spots publicitaires pour survivre tout en rêvant encore du film Don Quichotte qu’il ne pourra jamais réaliser, on perd forcément une partie du sens global.

As-tu le don d’ubiquité ? Je lis que du 12 au 25 novembre, on pourra te voir au Théâtre de Poche dans NIETS  [2] En fait, tout comme neuf autres comédiens – et pas des moindres [3] – je participe à la narration sur écran, face au seul acteur sur scène : Martin Swabey. Le sujet de la pièce est intéressant, mais je ne peux rien en dire de plus car je ne l’ai pas vue.

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Tu vas bientôt [4] reprendre Printemps dans un Jardin de Fous de Henri-Frédéric Blanc. Oui, je joue cette pièce depuis mai 99. [5] Ça fera tout juste 12 ans et c’est toujours avec autant de plaisir. L’histoire est très simple, mais l’écriture, putain c’est ... waouw ... (ndlr Le metteur en scène, Christian Leblicq – plus loquace – en parle ici)

Quid de la reprise de detto Molière avec ton fils Hippolyte ? Quel mauvais souvenir : lors de la Générale devant une centaine de spectateurs à Mons, en effectuant un saut, je me suis rompu le tendon d’Achille. C’est une douleur extrêmement violente et cela s’est terminé aux urgences. Le lendemain, alors que je souffrais encore, le metteur en scène a décidé de dédoubler mon rôle et que ma partie, je la jouerais en fauteuil roulant. Cette configuration lui a tellement plu qu’il a voulu la garder pour les reprises. Inacceptable pour moi : j’ai tellement souffert que si je revois encore ce fauteuil roulant, j’y mets le feu. D’où mon refus de les suivre en Italie. Mais si je ne reprends plus mon rôle de Sganarelle, Hippolyte, (10 ans) lui, continuera à interpréter le petit Jean-Baptiste Poquelin. J’en suis très fier : il fait des doublages, participe à des tournages, tout comme papa ! Pour l’instant il va dans une académie, mais il voudrait être apiculteur, faire de la BD... Être comédien ? Pourquoi pas ? Il faut que ça reste un plaisir pour lui. Je n’ai pas envie d’en faire un enfant tordu !

Quel a été ton rôle préféré ? Sans hésiter Kasimir, [6] c’est vraiment un rôle splendide. Mais il y en a eu beaucoup d’autres. J’ai quand même joué beaucoup de génies (rires) Mozart, Rimbaud ... Et puis il y a beaucoup de metteurs en scène avec lesquels j’ai pris du plaisir à collaborer. [7] Je dois dire que, franchement, j’aime bien mon parcours. Cela peut paraître prétentieux mais je m’en fous.

No more Oxymore, pas de remords ? Non, je suis déjà en train d’envisager un projet musical d’un tout autre style. Oxymore était plus axé sur les paroles, et j’ai envie de quitter une chanson française plus traditionnelle pour m’orienter vers un truc électro-funk qui sera plus axé sur la musique. Par contre, je voudrais continuer à écrire des chansons, mais pour d’autres.

Alain Eloy au cinéma ? C’est très difficile pour un acteur belge d’avoir de beaux rôles dans un long métrage. Souvent, on te fout des panouilles. Par contre, les courts t’offrent la possibilité de t’exprimer et de montrer ce dont tu es capable face caméra. J’ai fait récemment 2 chouettes courts : “Bonne Nuit” qui a chopé une flopée de prix un peu partout et “Nuit Blanche” qui vient d’être projeté au FIFF de Namur et qui, à mon avis, est promis à un bel avenir également. Et je viens de terminer “L’Amour... ou pire encore" ! Là, pour l’instant, je suis un homme ravi. Ce que j’attends et je peux le dire franco de port, c’est un beau rôle dans un bon long.

Quel serait ton plus cher désir ? De réussir l’éducation de mon fils. C’est ma priorité absolue. Et à côté de cela, je m’aperçois que je suis de plus en plus attaché à cette Terre. J’ai été soufflé par la beauté de cette Terre. Je crois qu’un des déclics s’est produit à St Kilda, l’île des hommes-oiseaux [8] au large des côtes écossaises. En tout cas, je voudrais voir le monde, même si je ne peux en faire le tour. L’argent que je gagne, j’ai envie de l’investir en voyages. J’ai un amour fou pour cette Terre. Elle est tellement belle que c’en est invraisemblable. Ceux qui m’ont conseillé de t’interviewer n’auront pas menti... la réponse est : poète.

Interview Nadine Pochez 7 octobre 2010

[1] En 2007, Alain Eloy reçoit le Prix de la critique du meilleur comédien pour son interprétation de Franck le Boucher de l’Irlandais Patrick McCabe, dans une mise en scène de Michaël Delaunoy.

[2] NIETS est une pièce de l’auteur flamand Nic Balthazar d’après son roman Ben X dont il a également réalisé le film éponyme. En savoir plus sur : http://www.lienmultimedia.com/artic... La pièce a été créée en 2009 au Centre Culturel des Riches-Claires à Bruxelles.

[3] François De Brigode, Luc Vangrunderbeeck, Alain Eloy, Valéry Stasser, Manuela Leone, Annik Notte, Xavier Elsen, Grégory Praet, Alexandre von Sivers et Coralie Vanderlinden

[4] le 28 janvier 2011 au Centre Culturel de l’Escale du Nord à Anderlecht et du 11 mai au 25 juin 2011 au Théâtre Le Public http://www.theatrelepublic.be/play_...

[5] Création en mai 1999 au Théâtre de l’Ancre à Charleroi.

[6] janvier 2002 Kasimir et Karoline d’Ödön von Horváth (CDH/Théâtre National/MC Tournai/CC Mons/CC Charleroi/Théâtre de la Place/Centre des Arts Scéniques ; reprise en janvier-février 2004 au Théâtre National, à la Maison Culturelle d’Ath, et au Phénix, scène nationale de Valenciennes.

[7] Entre autres : Michael Delaunoy, Philippe Sireuil, Philippe Van Kessel, Frédéric Dussenne, Elvire Brison, Pizzuti mais aussi Stuart Seide, Jacques Lassalle, Tatiana Stepatchenko, Thierry Poquet…

[8] En 2009, Alain Eloy a été le narrateur dans cet opéra multi-media éponyme qui a été créé à Mons dans une mise en scène de Thierry Poquet, repris en tournée en France et finalement joué entièrement en anglais et gaëlique au Festival d’Edimbourg : http://edinburghfestival.list.co.uk... Voir aussi le clip vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=Rg7T...

 

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