Aïssatou Diop et Marie-Noëlle Hébrant

Panach’ Club est une compagnie originale à plusieurs titres… C’est avant tout l’histoire d’une longue amitié qui trouve son compte sur scène

Aïssatou : En effet ! On était tous les 12 dans la même classe à l’IAD. On y a monté ensemble un spectacle des Monty Python qui a eu un gros succès et c’est ainsi qu’avec nos caractères très différents, mais complémentaires, on s’est découvert un goût commun pour l’humour absurde. Et comme on s’entendait plutôt bien tous les 12, lorsqu’on est sorti en 2002, on a eu envie de reprendre ce spectacle, mais nous n’en avons pas obtenu les droits. Du coup, on s’est dit que ce n’était vraiment pas grave vu qu’on était déjà tous possédés de cet esprit, de cette envie créatrice, donc qu’on serait bien capable d’écrire un spectacle nous-mêmes. Par ailleurs, on n’avait pas trop envie de se tourner les pouces en angoissant à attendre des réponses de castings. Donc, une fois entrés dans cette dynamique créatrice, nous avons créé notre asbl le Panach’ Club dont font également partie notre metteur en scène : Eric de Staercke, ainsi que Benoît Lavalard pour la régie et la technique.

Aïssatou Diop et Marie-Noëlle HébrantMano : Pour notre premier projet “À la recherche du sens de la vie perdu” comme on sortait de l’École, c’était parfait parce qu’on avait beaucoup de temps devant nous pour se voir 1 ou 2 fois par semaine… Entre-temps on écrivait des sketches, chacun de son côté ou à plusieurs. Et puis on se les lisait. Cela a duré ainsi 4 à 5 mois. Et Eric était là pour nous dire :“OK, ça c’est bien„ ou “ Ça tu devrais retravailler, là il y a des choses à corriger..." Et puis on a commencé à répéter TOUS les sketches écrits, et évidemment il y avait des horreurs ! Et malgré cela, Eric – qui est un homme extraordinaire – essayait jusqu’au bout de les mettre en scène, mais quand c’était catastrophique, on laissait tomber. Petit à petit on a gardé les meilleurs pour en arriver à l’écriture et ce spectacle a très bien fonctionné puisqu’on l’a joué une centaine de fois. Et puis, on a eu envie de faire un second spectacle, ce qui a permis à Aïssatou et Delphine Ysaye de nous rejoindre sur les planches ( Elles avaient été empêchées de le faire pour le 1er projet) “L’illusion chronique” est née il y a 2 ans. Nous le reprenons en ce moment un peu partout : à Bruxelles, en Wallonie et même en France(1).

Aïssatou : Là, on a travaillé à l’envers par rapport au 1er projet qui commençait par l‘écriture. Ici, on a commencé par la création de personnages à partir d’impros. On a fait beaucoup d’ateliers pour se construire des personnages assez typés. On est parti dans tous les sens à partir de gros traits pour revenir après à des trucs un peu plus subtils. Et quand nous avons estimé que cette galerie de personnages était complète, et surtout que l’histoire tenait la route, on en est venu à l’écriture. Mais on y est venu très très tard. Il y a des morceaux d’impro qui ont été repris des répet’s et sinon le reste s’est écrit presque sur scène 10 jours avant la 1ère !

Tu veux dire que quelqu’un notait ce que vous étiez en train de dire ?

Mano : Oui, nous on improvisait sur scène, Eric nous coachait et son assistant, Thomas van Zuylen, notait les dialogues. Et si on a pu faire cela ainsi, c’est parce qu’on avait des personnages très très travaillés à la base. On avait choisi pour thème le supermarché et Eric nous a suggéré que cela pourrait se passer dans une sorte de no-man’s-land : un endroit à la fois de repos et de passage. Les personnages étaient tellement typés que l’écriture s’est faite tout facilement.

Aïssatou : C’est super gai de travailler comme cela, car on arrive à une grande liberté, parce que le personnage, une fois qu’on l’a apprivoisé, peut aller où “il” veut. À un moment on lâche les rênes et il part tout seul.

Mano : Mais ce qui est terrible c’est qu’on a une confiance plus que totale en Eric de Staercke qui est notre œil… Et d’office, quand il nous dit “ va plutôt vers ça „, on ne se pose pas de question, on y va, parce que - pour nous - Eric c’est le metteur en scène qui a un regard tellement décalé sur les choses, qui a un univers tellement particulier que ça colle bien avec ce que nous aimons…

Aïssatou : ( interrompant ) En même temps, Eric n’est pas du tout un dictateur, il est vraiment très ouvert et il y a un réel échange avec nous car il est à l’écoute de ce qu’on donne. Avec lui, c’est ça qui est chouette : Eric ne se pose nullement en Dieu du Panach’ Club. Il n’impose rien, il est là pour superviser. Et voilà, on est en train de discuter pour voir ce que sera la 3ème création ( n.d.l.r. : en fait 3ème 1/2, puisqu’il y a eu entre-temps un petit projet avec seulement 6 comédiens du Panach’ Club à la Toison d’Or)

Mano : On va passer beaucoup de temps ensemble et voir ce qui va s’en dégager.

Vous allez choisir le 1er ou le 2nd procédé de fabrication , un mélange des deux ?

Mano : On ne sait pas. On délire ensemble. C’est ça qui est chouette au Panach, c’est que tous les délires sont permis Tout le monde peut dire ce qui lui passe par la tête. Les ¾ sont à jeter à la poubelle, parce que c’est n’importe quoi, mais du quart restant devrait naître quelque chose de particulier au Panach.

En allant revoir “À la recherche..” récemment à l’Atelier 210, j’ai remarqué qu’il y avait un nouveau personnage…

Mano (rires) : Ah oui, quand Sébastien Schmit arrive sur scène en danseuse espagnole ? De fait comme Fanny Hanciaux était empêchée de tenir ce rôle, on l’a remplacée. C’est un des nombreux autres avantages du Panach : le fait qu’on puisse pallier tous les inconvénients dus aux absences. Ainsi, quand j’ai été enceinte, mon rôle a été repris par d’autres. Amener quelqu’un de l’extérieur, alors qu’on a notre bagage de 8 ans d’amitié et de travail en commun, cela ne fonctionnerait certainement pas aussi bien. Et nous sommes suffisamment nombreux pour cela.

Aïssatou Diop et Marie-Noëlle Hébrant Maintenant qu’on a fait un petit tour au Panach, peut-être pourriez-vous nous parler chacune de vous plus personnellement. Par exemple, de ce que vous faites en dehors du Panach’ Club.

Aïssatou : Je tourne pas mal en ce moment. L’an dernier, j’ai tourné pour la VRT1 dans une série de 14 épisodes originellement appelée “ELISABETH” initialement programmée sur cette chaîne en janvier, mais qui - aux dernières nouvelles - paraîtra sous le nom de “KATARAKT” vers la fin de l’année 2007. Cela se passe dans les milieux fruitiers. Et c’était très sympa de découvrir le côté flamand…

Tu parles flamand ?

Aïssatou : Je me débrouille bien, oui. Pour le moment, je suis en train de terminer le tournage pour une nouvelle série de 8 épisodes pour CANAL+ : “REPORTERS”. Elle devrait être normalement programmée en avril. C’est une série très intéressante qui aborde le journalisme. Et puis, j’ai aussi un tout petit rôle dans le film d’Eric-Emmanuel Schmitt “ODETTE TOUT LE MONDE” qui va sortir le 7 février sur les écrans. Le cinéma mis à part, je fais de la musique, je chante, mais pour le moment c’est un peu plus calme de ce côté-là.

Et toi ?

Mano : En octobre dernier, dans le cadre du Festival “Enfin Seul” au Théâtre de L’L, j’ai interprété le monologue IL NE VIENDRA PLUS PERSONNE sur l’écriture de Ludovic Flamant avec Julie Nayer comme metteuse en scène. Dimanche prochain, je reprends ma 5e saison à La LIB (Ligue professionnelle d’Improvisation Belge). Mais en dehors de cela, ce qui me tient fort à cœur c’est le THEATRE JARDIN PASSION à Namur dont je m’occupe avec mon frère Sébastien et Geoffrey Séron qui sont tous les deux comédiens. Ce théâtre fait principalement des “accueils”, ce qui nous demande beaucoup de travail, et nous nous occupons aussi de la maintenance du lieu. Tout cela bénévolement.

Voilà qui m’intéresse, moi qui trouve que, par la force des choses, parce que nous sommes aussi des journalistes bénévoles, on se focalise peut-être un peu trop sur Bruxelles, alors qu’il se passe tant de choses intéressantes dans d’autres villes belges. Si tu pouvais nous éclairer sur ce qui se passe à Namur, je pense que cela pourrait intéresser nos lecteurs.

Aïssatou Diop et Marie-Noëlle HébrantMano : À Namur, nous avons le Théâtre Royal avec ses 4 salles dont la plus grande peut accueillir 856 personnes, le Grand Manège (500 pl.) et puis un tout petit théâtre : La Ruelle aux Baladins (57 pl.) qui propose des activités semi-professionnelles. Au-delà de cela, nous avons aussi une Maison de la Poésie, une Maison du Conte, une Maison de la Culture… En fait, il nous a semblé que pour promouvoir la jeune création, rien n’était vraiment prévu de tel à Namur, alors qu’à Bruxelles, cela pullule de petits et moyens lieux où les jeunes trouvent leur place. Et nous nous sommes dit qu’il nous fallait absolument à Namur un espace d’abord de création, mais surtout d’accueil pour que le public namurois puisse connaître ces magnifiques spectacles qui vivent simplement une dizaine, voire seulement 20 jours à Bruxelles et qui n’ont pas la chance de partir ensuite en tournée. Donc nous avons toute une équipe entièrement bénévole et l’on marche sur des coups de cœur, sur des spectacles qu’on a aimés et on les propose à notre public. On n’a pas d’argent, on n’est pas subventionnés, on a juste un lieu qui est magnifique. Enfin, que je trouve magnifique ! L’infrastructure étant complètement modulable, on peut facilement accueillir 80 à 100 personnes selon la façon dont on dispose les gradins. On a fait beaucoup d’accueils et une seule création l’année dernière (d’ailleurs reprise vu le succès) parce qu’on s’est dit qu’autant en profiter pour nos propres créations. Et si on fait beaucoup plus d’accueil c’est parce qu’on trouve dommage que des projets soient refusés ailleurs à cause des démarches administratives contraignantes pour obtenir des subventions (CAPT etc.). Beaucoup de beaux projets n’arrivent pas à passer le cap du dossier… mais nous, on fait confiance et notre public qui l’a bien compris, nous en remercie. Donc, comme je le disais, faute de subsides, notre équipe est entièrement bénévole et pour les comédiens, on fonctionne à la recette, parce qu’on doit rouler avec l’infrastructure. En général, cela ne dérange personne parce que c’est une visibilité en plus, principalement pour les programmateurs. Il est clair qu’un programmateur d’un centre culturel des Ardennes se déplacera plus facilement à Namur qu’il ne le ferait à Bruxelles. Et en effet, c’est bien le cas.

Notre Théâtre Jardin Passion existe depuis 10 ans. On y a fait des travaux de rénovation et cela fait 5 ans qu’il est proposé avec l’infrastructure actuelle, ce qui nous permet maintenant d’assurer une réelle programmation. Nous avons un site à partir duquel on peut la télécharger, mais j’ajoute tout de suite qu’il est en reconstruction et que nous espérons qu’il sera amélioré d’ici fin février.

Merci pour toutes ces informations et au plaisir - je souligne - de vous revoir bientôt sur les planches de Bruxelles, Namur ou d’ailleurs.

Interview 8/1/2007 : Nadine Pochez

(1) Agenda pour le 1er trimestre 2007 : Le Panach’ Club en tournée avec L’illusion chronique

• 13 janvier à Waterloo : Espace Bernier http://www.espacebernier.be • 16 au 20 janvier à Charleroi : Eden http://www.charleroi-culture.be/Public • 24 janvier - 10 février à Bruxelles au Centre Culturel des Riches Claires http://www.lesrichesclaires.be • l12 février au Centre Culturel Action-Sud - Viroinval http://www.action-sud.be • 13 - 16 février à Fleurus : Ferme de Martinrou - http://www.martinrou.be • l17 février à Éghezée, Centre Culturel l’Écrin http://www.ecrin.be • 24 février à Andenne au Centre Culturel http://www.centreculturelandenne.be • 8 mars à Sambreville : Crac’s http://users.swing.be/sw270004/ • l14 mars à Tournai : Maison de la Culture de http://www.maisonculturetournai.com

et la tournée continuera sur sa lancée en France à Montpellier et Villeneuve-sur-Lot

 

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